Critique du film
Les sept jours du talion: puissant
Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2010-02-04 14:22:13
Claude Legault dans Les sept jours du talion - © Alliance VivaFilm
Claude Legault, Martin Dubreuil et Rémy Girard sont à l’affiche, dès le 5 février, de Les sept jours du talion, réalisé par Podz et scénarisé par Patrick Senécal.
«Je voulais montrer l’autre côté de la vengeance» nous explique Patrick Senécal en entrevue. Et, si l’idée de base peut sembler simpliste, le traitement cinématographique et la psychologie des personnages en font un film qui ne peut laisser personne indifférent.
Tout commence un jour d’automne quand Jasmine, 8 ans, fille du chirurgien Bruno Hamel (Claude Legault) s’aventure seule dehors. La petite disparaît et son corps est rapidement retrouvé, portant des marques d’abus. L’enquêteur chargé de l’affaire, Mercure (Rémy Girard) ne cache pas au père la violence de l’agression: la fillette a été violée. Le présumé coupable, Anthony Lemaire (Martin Dubreuil) est enfin attrapé. Et, le jour de sa comparution au tribunal, Bruno Hamel l’enlève, puis fait parvenir un message aux autorités. Pendant sept jours, il exercera une vengeance sans appel, torturera le monstre qui a tué sa fille, puis l’exécutera.
Débute alors une plongée au cœur de ce que l’Homme a de pire. «Hamel est un homme brisé» dit Claude Legault de ce père de famille, victime qui devient bourreau. Avec une précision clinique et froide, il «casse» Lemaire, physiquement et émotivement. Il l’avilit et le brutalise, bien décidé à appliquer cette fameuse loi du talion, ce «œil pour œil, dent pour dent» de l’Ancien testament.
Violence crue, oui, mais nécessaire pour rendre cette haine et cette transformation d’un père ordinaire en bête féroce. Et, contrairement à bon nombre de films, Podz n’est pas tombé dans le piège du gore et du sang qui gicle à chaque plan de caméra. Et il y a peu de différence, en fait, entre les séquences de torture «médicale» de Bruno Hamel et une scène sur une table d’opération. Pas de musique - le réalisateur et son scénariste se sont entendus sur ce point dès le départ -, pas de bruitages grotesques en post-production, pas d’effets spéciaux. La même froideur est appliquée aux images - on ne voit pas la scène, on ne voit que les photos prises par les policiers - du cadavre de la fillette. Ce dépouillement met d’ailleurs en valeur le jeu des deux acteurs principaux, Claude Legault et Martin Dubreuil - surprenant - qui habitent remarquablement bien leurs personnages et qui en ont admirablement saisi toute la psychologie.
En marge des deux protagonistes, le policier Mercure (Rémy Girard), qui lui aussi doit arriver à concilier douleur personnelle et justice. Homme brisé par le meurtre de sa femme, il demeure profondément convaincu de l’inanité de la vengeance. Même si Patrick Senécal avoue donner un «message», une «solution» au public, il n’y a pas de morale dans Les sept jours du talion, pas plus qu’il n’y a - comme dans le remarquable 5150, rue des Ormes - de «bon» ou de «méchant». On en ressort troublé, avec l’envie d’engager une discussion sur ce qu’on ferait s’il nous arrivait la même chose.
Notre note: 4/5
Liens supplémentaires:
L’art de la vengeance: un examen détaillé de Les sept jours du talion
La vengeance d’un père: notre présentation du film





