Cinéma

Béatrice Picard

60 ans de carrière, et ce n’est pas fini!

Par Sabin Desmeules / 7Jours 2007-07-26 12:33:13
Béatrice Picard Béatrice Picard © Frédéric Auclair

Le film Ma tante Aline est à l’affiche depuis le 20 juillet sur les grands écrans du Québec. Béatrice Picard, Sylvie Léonard et Rémi-Pierre Paquin, des acteurs de trois générations, se donnent la réplique dans cette comédie de Gabriel Pelletier. Nous avons rencontré la première...


Madame Picard, ce qui nous vient à l’esprit en vous voyant, c’est le mot «inépuisable»… J’imagine que, quand on va regarder le film, on va être rempli d’énergie!
Je l’espère. Je souhaite qu’il donne une sorte d’envie et de joie de vivre.


Qu’est-ce qui vous a plu dans l’histoire?
Le dynamisme de la vieille dame; bien qu’elle ait un certain âge, elle a envie de vivre. Et elle a un grand cœur. Elle veut aider les autres. Elle est capable de faire rêver les gens. Elle est jeune de cœur; plus jeune, au fond, que sa nièce, qui est très portée sur le travail. On a une vie différente en vieillissant. Ce n’est pas parce que le corps ne suit pas que l’esprit n’y est pas. C’est ce que Ma tante Aline prouve. C’est une belle excentrique!


Vous en êtes une, vous aussi…
Je n’aime pas la routine. Il faut sortir des sentiers battus. C’est ce que j’essaie de faire.


Elle vit d’espoir, mais pas vous.
Moi, comme elle, j’ai des rêves. Mais je ne rêve pas de la même façon qu’elle. Ma vie est moins en dents de scie. Bien sûr, le travail m’absorbe beaucoup. Mais j’ai aussi une vie sociale. Je pense qu’il faut être capable de séparer son travail de sa vie. Vivre, pour moi, c’est ça. C’est être capable d’avoir des relations avec les gens qui m’entourent, d’apprécier la journée telle qu’elle se présente et de ne pas me plaindre parce qu’il pleut. Je pense qu’il faut se stimuler sans cesse soi-même; comme ça, on finit par stimuler les autres. C’est important.


Vous n’êtes donc pas une workaholic...
Moi, j’ai beaucoup travaillé. Je prenais tout ce qui passait, parce que j’aime ce que je fais. Je me disais, surtout au début de ma carrière, quand on ne m’offrait pas de grands rôles: «Peu importe les rôles qu’on m’offre, il va y en avoir un qui va m’amener un peu plus loin.» Mais je ne regrette rien. J’ai quand même pris le temps de faire quatre enfants, d’avoir des amis...


Votre entourage vous a-t-il déjà reproché de trop travailler?
Oui. (rires) À l’heure actuelle, mon mari me dit tout le temps: «Quand est-ce que je vais te voir?» Il s’ennuie un petit peu. Il aimerait me voir davantage. Mais je lui fais comprendre que le plaisir de nous retrouver n’en est que plus grand, et aussi que peut-être que, si j’étais tout le temps là, je l’ennuierais. Quand j’ai des journées chargées, je me dis que le soir, quand je vais rentrer, je vais profiter de l’occasion pour me détendre. Pendant le tournage de Ma tante Aline, je rentrais chez moi vidée, exténuée, mais heureuse de ma journée.


Vous célébrez cette année 60 ans de carrière.
Oui. Quand j’avais 20 ans, on m’a dit que ma carrière commencerait à l’âge de 40 ans. C’est dur à accepter, mais c’est très vrai. Je n’ai jamais arrêté et j’ai eu de beaux rôles, mais c’est vers la quarantaine que les grands premiers rôles, surtout au théâtre, sont arrivés. Pour moi, vieillir est un avantage, alors qu’on sent que d’autres ont peur de vieillir.


Ce 60e anniversaire de métier ne signifie pas pour vous que vous approchez de la retraite!
Non. On a l’avantage, quand on pratique ce métier-là, de ne pas savoir ce qu’est la retraite. Tant que je serai en bonne santé et que j’aurai envie de l’exercer, je ne lâcherai pas.


Y a-t-il des rêves que vous avez dû laisser tomber au cours de votre longue carrière?
On a toujours des rêves. Les miens ne sont pas reliés nécessairement au travail. Il y a des voyages auxquels je rêve. Mais j’essaie de vivre intensé­ment le moment présent, sans pen­ser à ce que j’aurais pu accomplir. Parfois, je dis: «Quand je serai vieille, je ferai ça», parce que, pour moi, je ne suis pas vieille. Je ne sais pas ce que c’est que la vieillesse. Et je n’ai­me pas beaucoup dire «dans mon temps», parce que, pour moi, ça indique du regret.


 
 
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