Monique Mercure et Suzanne Clément
La Brunante
2007-11-15 15:25:06
© Bruno Petrozza
LeFernand Dansereau s’est souvenu de son film Ça n’est pas le temps des romans pour écrire le scénario de La Brunante. Évidemment, il a choisi Monique Mercure pour reprendre le même rôle, 30 ans plus tard.
Monique Mercure
Qu’est-ce qui vous a intéressée dans ce film?
Fernand Dansereau m’a appelée un jour pour me dire qu’il pensait à moi pour un film qui s’appuierait sur celui que nous avions fait, il y a 40 ans. Ce n’est pas une œuvre sur l’alzheimer, mais plutôt sur la détresse d’une femme qui va perdre sa conscience. J’ai accepté tout de suite, car c’est rare, au cinéma, de voir la même comédienne jouer un rôle dans la trentaine et le reprendre dans la soixantaine. Et puis, je connais bien Fernand Dansereau...
Est-ce difficile, dans le même film,
de se revoir à 36 ans et de se montrer à 76 ans?
J’en suis très contente. Je ne pensais pas que j’étais aussi belle que ça. (rires) On n’est pas toujours conscient de ce qu’on représente quand on est jeune. Aujourd’hui, ça m’est égal, de quoi j’ai l’air. Je suis ce que je suis, et ça m’importe peu.
Est-ce que le problème de l’alzheimer vous touche particulièrement?
Ce qui me touche surtout, c’est la perte d’autonomie. La perte de la mémoire, je ne sais pas ce que c’est. (rires) En fait, ce dont j’ai peur, c’est le vieillissement avec la dégénérescence. C’est très triste, mais c’est le sort de tout le monde. À partir du moment où l’on naît, on commence à vieillir.
Vous avez tourné avec les plus grands: Jutra, Mankiewicz, Altman, Chabrol... Est-ce réellement différent de faire des films aujourd’hui?
Jutra était vraiment un ami et il m’a souvent donné de petits rôles dans ses œuvres. Il voulait simplement que je sois avec lui. (rires) À l’époque, faire des films était très différent. Nous tournions en fonction de la pellicule qui arrivait ou non. Nous étions seulement trois pour faire une scène; il y avait le réalisateur, le comédien et un perchiste. Ça crée des liens et une cohésion où tout le monde est complice. Maintenant, c’est différent, c’est énorme.
Quel souvenir gardez-vous de votre prix d’interprétation à Cannes, en 1976?
Je ne suis pas allée le chercher. (rires) C’est le fun sur le coup, mais après on l’oublie. À l’époque, ce n’était même pas un gros trophée, c’était une petite broche. J’ai été très contente quand je l’ai eue. Pendant un mois ou deux, j’ai donné des entrevues un peu partout, et ma mère a gardé tout ça dans un scrapbook. Je ne sais pas si un Oscar me donnerait le même plaisir...
SUZANNE CLÉMENT
Comment a été votre rencontre avec Monique Mercure?
Ç’a été une très belle rencontre.
Au départ, Monique ne savait pas vraiment qui elle voulait comme partenaire. Mais ça s’est réglé spontanément. Nous avons vraiment eu une rencontre incroyable. Je dirais même que nous avons eu besoin l’une de l’autre durant le tournage; nous avons «fusionné», un peu comme les personnages du film.
Quelle était la difficulté du rôle pour toi?
C’était de changer de registre. Je tournais, depuis cinq mois, dans la série
Les hauts et les bas de Sophie Paquin et, deux jours plus tard, je me suis retrouvée sur le plateau de La brunante.
Il m’a fallu un certain temps d’adaptation. Le niveau d’énergie et de stress n’était pas du tout le même. Il m’a fallu baisser l’intensité de façon spectaculaire. Je devais aussi trouver l’esthétique du personnage, chercher qui elle est... Nous avons d’ailleurs eu, la veille du premier jour de tournage, un essayage de huit heures avec la costumière.
Préfères-tu le rythme de tournage de la télé ou du cinéma?
C’est très différent. Au début, je m’ennuyais sur le plateau. Il ne
se passait rien. Le rythme était vraiment lent. Pendant un tournage comme celui de La brunante, je
sais que je vais avoir le temps de
me recueillir, de lire un livre qui m’inspire, et que je vais profiter
de moments libres dans la journée. Durant le tournage de Les hauts et les bas de Sophie Paquin, je commence
la journée et je ne revois plus ma roulotte avant le soir. Ce n’est vraiment pas le même rythme.





