Entrevue avec Sylvie Léonard
L' Âge Des Ténèbres
Par Sylvie Zavaro / 7Jours 2007-12-19 15:44:01
© Guy Beaupré
Dans L’âge des ténèbres, Sylvie Léonard joue le rôle d’une femme pour qui la carrière est une priorité. Égocentrique, elle ne vit que pour la gloire, l’argent, la reconnaissance, la belle maison et la belle voiture. Pour arriver à ses fins professionnelles, elle est prête à tout... Pour une des rares fois dans sa vie, Sylvie Léonard avoue n’avoir aucun point en commun avec son personnage.
À votre avis, jusqu’à quel point votre personnage représente-t-il la femme d’aujourd’hui?
C’est sûr que ce n’est pas
LA femme, mais des Sylvie, il y en a. Je me rappelle avoir lu des statistiques assez troublantes. Je ne me souviens plus exactement des chiffres, mais c’est quelque chose comme 8 enfants sur 10 mangent seuls le soir. Je me disais que ça ne se pouvait pas, qu’il y avait
certainement une erreur. Et en ce qui me concerne, ça ne fait pas du tout partie de ma vie. Quand j’ai lu ces statistiques-là, j’avais déjà commencé à jouer le rôle de Sylvie Cormier-Leblanc. J’ai finalement réalisé que ça se pouvait réellement, des situations où la mère est absente. Je trouve ça très grave!
Étiez-vous surprise de
devoir jouer une femme
dure comme elle?
Non, car je trouvais que tout le
scénario était une fine observation d’une société un peu décadente, moralisatrice. Tu sais, je connais beaucoup de filles qui sont rendues à 38 ans et qui travaillent sans cesse. Elles se disent qu’elles n’ont pas le temps d’avoir un enfant et qu’en plus elles ne pourront plus faire telle ou telle chose. Et je leur dis: «Mais vous courez après quoi?» C’est exactement ce que vit mon personnage. Je me demande après quoi elle court. Au fond,
sa vie est tellement vide!
En quoi ce personnage se
distingue-t-il des autres
que vous avez incarnés
dans le passé?
Elle parle toute seule. Je n’ai jamais eu autant de textes dans un film. J’en avais des pages entières que j’enfilais sans aucun échange, sans aucun interlocuteur. Sérieusement, ça ne m’était
jamais arrivé! Ça complique la mémorisation des textes, puisqu’il
n’y a pas de suite logique de
dialogues ou d’émotions. J’avoue que j’ai trouvé ça difficile car, pour moi, le jeu est un échange. Dans
le film, mon ami, c’est mon cellulaire. Et Dieu sait que dans la vraie vie, c’est tout le contraire!
Vous êtes donc complètement à l’opposé de Sylvie
Cormier-Leblanc?
Très, très, très différente. On n’a rien en commun elle et moi, ni la couleur des vêtements, ni le style de maison, ni le style de voiture… Habituellement, on voit toujours un petit quelque chose qui nous ressemble dans les personnages qu’on incarne. Mais dans mon cas, pas cette fois-ci.
Vous interprétez la femme de Jean-Marc Leblanc, qui est incarné par Marc Labrèche. Entre les deux personnages,
il y a un froid énorme.
J’ai déjà joué avec Marc Labrèche il y a longtemps au théâtre, mais cette fois-ci, bien qu’on nous voie ensemble dans les scènes, il n’y a aucune chaleur entre nous deux. Je jouais seule, car les deux personnages s’ignorent... Beaucoup de gens m’ont demandé si c’était agréable de travailler avec Marc Labrèche, et j’ai répondu: «Je ne sais pas, vous me le direz lorsque vous aurez vu le film.» Même s’il était là, au fond, je ne lui parlais pas directement.
Avez-vous aimé être dirigée par Denys Arcand, un
réalisateur connu?
Sa plus grande qualité est son
intelligence. Denys sait ce qu’il veut et nous demande d’être
complice avec lui. Bien sûr, on veut être à la hauteur et bien
rendre ce qu’il nous demande.
À vrai dire, il n’y a rien de plus agréable que de travailler
avec quelqu’un qui sait ce
qu’il veut.





