Cinéma

Septième ciel du réalisateur Andreas Dresen

Sexe chez les aînés: le dernier tabou

Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2008-12-22 15:44:00
© Métropole Films Distribution © Métropole Films Distribution
Coup de cœur du jury au dernier Festival de Cannes, 7e ciel, du réalisateur allemand Andreas Dresen, s’attaque à un tabou de taille: la sexualité des aînés. Le cinéaste nous parle de son choix et des raisons qui l’ont poussé à faire ce long métrage.

Présenté dans plusieurs cinémas montréalais depuis le 19 décembre, 7e ciel n’est pas la première œuvre d’Andreas Dresen, mais c’est son premier film à avoir provoqué autant d’intérêt. Il met en scène Inge (Ursula Werner), une femme de plus de 60 ans. Elle est mariée depuis 30 ans à Werner (Horst Rehberg) mais, un jour, elle tombe follement amoureuse de Karl (Horst Westphal), un homme de 76 ans!

La première question qu’on se pose, en voyant votre film, c’est: d’où vous est venue cette idée? Ça fait longtemps que l’idée me trotte dans la tête. Au milieu des années 1980, j’ai visionné un court métrage réalisé par l’un de mes amis allemands, dont le titre pourrait se traduire par Les hommes de ma grand-mère. On y voyait sa grand-mère, une femme de 75 ou 80 ans, qui parlait très librement des hommes avec qui elle avait eu des relations sexuelles. Elle abordait même sa sexualité actuelle, et je dois avouer que ç’a été une surprise pour moi que d’entendre une femme de cet âge parler ouvertement du fait qu’elle se masturbait encore! C’est à ce moment-là que je me suis demandé pourquoi on n’abordait jamais ce sujet. On dirait que, dès qu’on atteint 65 ans, plus rien ne peut arriver. Il y a deux ans, avec mon producteur, nous avons commencé à étudier la possibilité de concrétiser ce projet.

Donc, votre film comporte un message politique et social...

(Rires) Oui... un peu.

Avez-vous eu de la difficulté à trouver des acteurs qui étaient prêts à se dénuder et à tourner des scènes de sexualité?

C’est la première question que nous nous sommes posée dès que nous avons amorcé le projet. Nous étions conscients que le film ne pourrait voir le jour qu’avec les bons acteurs. Les trois comédiens principaux ont accepté tout de suite. Ils ont le même âge que leurs personnages et, dès que je leur ai présenté le concept de base, ils ont estimé qu’il était important d’y participer et de parler des aînés d’une manière totalement différente. La chose la plus difficile pour les acteurs n’a pas été de tourner les scènes de sexualité, mais d’improviser puisqu’il n’y avait pas de scénario!

C’est pour ça qu’il n’y a presque pas de dialogues dans le film!

(Rires) Non, ce n’est pas pour cette raison. Les acteurs qui improvisent se sentent généralement obligés de parler plus que d’habitude, et il a fallu que je les arrête. Quand on est mariés depuis 30 ans, on parle moins. Inge et Werner n’ont pas besoin de mots pour se communiquer mutuellement leur tendresse et vivre leur sexualité. Quant à Inge et Karl, au début de leur relation, ils ont d’autres moyens de s’exprimer. Dans les 45 premières minutes du film, effectivement, il n’y a presque pas de dialogues. Mais ensuite, quand les conflits débutent, les personnages commencent à parler..., ce qui n’arrange rien d’ailleurs.

Il n’y a pas de musique non plus, à part celle de la chorale dont Inge fait partie...

Je trouve qu’actuellement les réalisateurs veulent écraser les spectateurs; ils ont tendance à trop utiliser de musique dans leurs films. Dans 7e ciel, nous nous sommes assurés que chaque bruit, chaque son qu’on entend a son utilité, sert à transmettre quelque chose.

Toutes les scènes de sexualité sont rassemblées dans la première moitié du film. Était-ce une volonté de votre part de vous en «débarrasser» pour habituer les spectateurs tout de suite et avoir, ensuite, la liberté de passer à autre chose?

C’était important pour l’histoire, pour le cheminement des personnages. Il fallait, dès le début, voir l’attrait sexuel qu’éprouvent Inge et Karl. Ensuite, il fallait comprendre la relation d’Inge et Werner. Mais oui, effectivement, nous voulions aussi que le public s’habitue tout de suite à des scènes très explicites. On ne voit jamais de personnes âgées nues, en train d’avoir une relation sexuelle, et c’est quelque chose qui fait peur. Pourquoi? Nous vieillissons tous, nos corps changent et, pour moi, il était important de montrer cela. On réalise d’ailleurs très vite que, si les corps sont plus vieux que ce qu’on voit habituellement, les âmes sont toujours jeunes!

Comment le film a-t-il été reçu en Allemagne?

Très bien! J’ai rencontré des personnes âgées qui m’ont dit que, grâce à mon film, elles avaient remis les pieds dans un cinéma après des décennies d’absence!

Votre prix à Cannes a néanmoins dû vous surprendre?

Oui, énormément! C’était la première fois que nous assistions au Festival de Cannes et nous ne nous attendions à rien du tout! C’était aussi un peu étrange de voir un film comme 7e ciel présenté sur la Croisette, au milieu de toutes ces stars très bien habillées et utilisant du Botox! (rires) Mais ç’a été une expérience extraordinaire, puisque les sept personnes de l’équipe étaient là.

Liens supplémentaires:
Septième ciel: la fiche du film incluant les horaires en salle et les commentaires des internautes
Septième ciel: le site officiel

 
 
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