Cinéma

Après Le dîner de cons, voici L’emmerdeur

«J’ai eu trop de succès, j’ai été puni» - Francis Veber

Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2009-04-19 04:35:46
Francis Veber lors du tournage de <i>L’emmerdeur</i> - © TVA Films Francis Veber lors du tournage de L’emmerdeur - © TVA Films
L’emmerdeur, qui met en vedette Richard Berry et Patrick Timsit, est un remake du film du même nom, sorti en 1973 et dont les rôles principaux étaient tenus par Lino Ventura et Jacques Brel.

Crucifié par la critique lors de la sortie du film en France, le réalisateur Francis Veber revient sur la controverse généré par L’emmerdeur, nous en explique les raisons et dévoile les premiers détails de son prochain long métrage, actuellement en pré-production à Hollywood et qui est un remake américain du célèbre Le dîner de cons.

Il est difficile de parler de L’emmerdeur avec Richard Berry et Patrick Timsit sans parler du manque de succès que le film a eu en France lors de sa sortie en décembre dernier. Comment expliquez-vous l’échec du long métrage?

J’ai été attaqué par les critiques comme si j’avais effectué une profanation de sépulture, comme si j’avais voulu humilier Lino Ventura et Jacques Brel, les deux interprètes du film original, en demandant à Richard Berry et à Patrick Timsit de reprendre leurs rôles. Les gens ont arrêté de juger le film pour se concentrer sur la démarche. Je m’en veux d’ailleurs beaucoup, car c’est une erreur de ma part [d’avoir voulu faire un remake].

Pourtant, vos films précédents avaient eu un succès indéniable…

J’ai fait 10 films en France en tant qu’auteur/réalisateur, neuf d’entre eux ont été d’énormes succès avec 43 millions d’entrées en moyenne. Comme je ne suis pas sympathique pour les français, parce que le succès n’est pas quelque chose de sympathique en France, j’ai l’impression que cette curée joyeuse qui a eu lieu sur mon dos de la part de la critique où tout le monde m’est tombé dessus avec une violence terrible était quelque chose qu’on attendait depuis longtemps. Les critiques fonctionnent beaucoup à l’antipathie et comme j’ai quitté mon pays pour Los Angeles, je réunissais tous les facteurs d’antipathie possibles. Moralité, je me suis trompé en refaisant le film, et j’ai été accueilli par une salve de coups de fusil que j’ai mérité. J’ai eu trop de succès, j’ai été puni. Le film n’a pas du tout été jugé pour lui-même. Vous savez, le premier L’emmerdeur avait, lui aussi, été assassiné par les critiques de cinéma en 1973.

N’est-ce pas le danger avec un remake que celui d’être toujours comparé avec l’original?

Ça dépend du pays. Vous voyez, aux États-Unis, les remakes sont, en général, des succès. Le public américain a la mémoire courte parce que c’est un public jeune. En France, on réfère tout de suite à ce qui s’est passé avant et en particulier parce que les vieux films sont passés et repassés énormément de fois à la télévision alors qu’aux États-Unis, les long métrages sont tout de suite enterrés. C’est terrifiant de voir qu’ici, les adolescents ne savent pas qui sont Warren Beatty ou Charlton Heston. Si L’emmerdeur avait été fait ici, il n’y aurait jamais eu ces critiques. Ceci dit, je continue quand même à dire que j’ai fait une bêtise avec L’emmerdeur. Sans juger le film en lui-même, j’ai voulu faire mon interprétation de mon sujet qui avait 35 ans d’âge et on ne me l’a pas pardonné. Résultat, j’ai fait le flop de ma carrière! Tant mieux et tant pis, je vais voir si cela m’améliore ou si je m’en vais.

Un seul flop en 35 ans de carrière, ce n’est quand même pas si mal!

Je suis entièrement d’accord avec vous, mais, vous savez, ça fait très mal. Plus vous êtes monté haut et plus vous tombez bas. J’ai cuvé une espèce de dépression pendant un certain temps, à tel point que j’ai pensé à arrêter mon métier. Faire un flop est aussi difficile que de faire un succès parce qu’on met la même dose d’amour dans la fabrication de l’œuvre.

Du coup, vous avez commencé à écrire vos mémoires. Est-ce une envie de partager vos souvenirs et vos expériences avec le public?

Pas seulement, c’est surtout parce que les gens ne me connaissent pas, étant donné qu’on m’a classé dans les catégories «comique», «mécanique» «facile» et «tiroir caisse». Or, on n’arrive pas à ce comique-là sans souffrir. Je commence d’ailleurs mes mémoires en disant: «Je suis né d’un père juif et d’une mère arménienne. Deux murs des lamentations, deux génocides dans le sang. Tout pour faire un comique.» J’ai aussi des comptes à régler avec moi-même et ce n’est pas commode d’aller chercher dans le passé ce qui peut vous faire mal dans le présent. Car la fabrication d’un individu, homme ou femme, ne se fait pas sans douleur. J’espère quand même que le résultat sera drôle, parce que mon devoir est d’amuser les gens.

En ce moment, vous travaillez au remake américain du Le dîner de cons. Pouvez-vous nous donner quelques détails sur l’adaptation qui est en train de se faire?

La production de Dinner for Schmucks avec Paul Rudd et Steve Carell – un casting de rêve! - débutera en octobre prochain et la réalisation est assurée par Jay Roach (Meet the Parents). Le seul moyen de toucher un large public, et quelqu’un comme Luc Besson l’a très bien compris, est de tourner des films en langue anglaise. C’est dommage pour la culture française, mais c’est aussi comme cela que vous atteindrez des pays et des publics que jamais vous n’auriez pu atteindre sans ça. Avec Dinner for Schmucks, j’irai dans des villes où je ne serai jamais allé avec la version originale.

Jusqu’où êtes-vous impliqué dans le projet?

Je relis ce qui est écrit, mais j’arrête mes interventions dès que je sens que je dérange l’équipe. Ils ont d’ailleurs, quand ils ne sont pas d’accord avec ce que je dis, une formule qui me cloue le bec et qui est, quand je propose quelque chose: «Ce n’est pas américain». [rires] Je sais, par contre, qu’ils voulaient aérer le film, mais qu’ils ont renoncé à l’idée… après pas mal de temps!

Rappelons que L’emmerdeur prend l’affiche le 24 avril prochain. Le film raconte l’histoire d’un tueur engagé pour accomplir une mission qui se voit contraint, dans un hôtel, de sauver la vie d’un commis voyageur aux tendances suicidaires. Celui-ci, reconnaissant et en mal d’amitié, va rapidement devenir un vrai pot de colle, faisant tourner la mission du tueur à la catastrophe.

 
 
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