Claude Legault
Un gars de gang!
Jessica Paradis / 7Jours 2009-07-31 16:00:44
Claude Legault © Julien Faugère
Claude Legault a toujours eu l’esprit rassembleur, que ce soit à ses débuts, dans des ligues d’improvisation, ou au sein d’une plus grande famille, sur un plateau de tournage.
Nous avons rencontré Claude lors de la première du film Les doigts croches, et c’est avec une grande générosité qu’il a accepté de nous livrer quelques pensées au sujet de son pèlerinage personnel sur le plateau du long métrage tourné en Argentine. Celui qui figure parmi les comédiens favoris du public québécois nous explique également la raison pour laquelle il a choisi de déposer sa plume, l’espace d’un été, et de prendre une pause bien méritée.
Claude, tu campes Conrad dans Les doigts croches. Parle-moi un peu de ta relation avec le personnage.
Ce que j’ai aimé de ce personnage-là, c’est que je lui ai donné la sensibilité que j’ai trouvée en Daniel Auteuil dans Jean de Florette. J’ai voulu aller chercher la sensibilité d’Ugolin, qui est très simple d’esprit, mais qui est angoissé tout le temps. Conrad est angoissé. Il est un peu simple d’esprit, alors il ne comprend pas toujours ce qui se passe. Il essaie quand même de comprendre parce qu’il sait qu’il n’est pas intelligent, et ça, c’est dur parce que c’est blessant. Il a honte de ce qu’il est et il aimerait que Dieu soit fier de lui.
Comment as-tu trouvé Ken Scott dans sa première réalisation?
Ken dirige bien, et je pense qu’il va diriger de mieux en mieux. Il sait de plus en plus ce qu’est un acteur. Un acteur n’est pas un perroquet; il faut que tu le laisses faire des choses que tu ne pensais pas qu’il allait faire. Plus le film avançait, plus il se disait qu’il allait laisser courir ses chevaux, mais ça, ça vient avec la confiance. Le cinéma, ça t’oblige aussi à «virer sur un 10 cennes» des fois, parce qu’il arrive tellement d’imprévus qu’il faut parfois que tu abandonnes des choses. Ken est un gars très à l’écoute de ce qui se passe, qui est préparé, mais qui n’a pas peur d’improviser. Il a été capable de s’adapter aux situations et de faire le deuil de certaines choses.
C’est la deuxième fois cette année que tu pars travailler à l’étranger pendant de relativement longues périodes de temps. Est-ce que c’est une chose dans laquelle tu te plais?
J’ai fait 5 semaines en Tunisie et 10 semaines en Argentine. J’ai voyagé beaucoup et j’ai découvert que j’aimais ça parce que ça m’oblige à me concentrer sur mon travail. J’ai aussi découvert que je suis un bon voyageur de gang. Je le savais déjà, mais je me le suis confirmé. Je suis prêt à faire beaucoup de choses pour qu’un film marche et, là-bas, je me suis dépassé. Aussi, quand tu voyages en groupe, tu parles et tu te confies beaucoup. Tu en apprends sur les autres. On était quand même ensemble 24 heures sur 24. Des fois, il y en a qui trouvaient ça long, comme Patrick, qui ne voyait pas sa femme ni sa petite. Pour un autre, ce sont les choses en général qui n’allaient pas bien et, moi, bien... ça venait de finir avec quelqu’un. Quand ça devenait difficile, on allait prendre une bière tout le monde ensemble et on parlait. On est tous humains, tu sais! Le voyage m’a fait du bien.
Sur le plan personnel, qu’as-tu découvert au sujet de tes confrères de travail?
Jean-Pierre est un être qui est très secret, et j’allais souvent le «picosser» parce que j’aime ça quand les gangs se tiennent; j’ai fait beaucoup d’impro et je me suis d’ailleurs toujours arrangé pour ça aussi. Je pense que j’ai aidé à l’entraîner dans le groupe. En Jean-Pierre, j’ai découvert un bonhomme qui, au premier abord, peut avoir l’air bourru et pas parlable mais, au fond, c’est un enfant. Roy, lui, a du charisme, et j’ai pu le vérifier. C’est une personne que j’ai découverte sur le plateau. On a eu beaucoup de plaisir en dehors du travail aussi. Roy, c’est quelqu’un qui n’a pas besoin de faire grand chose. Il est beau, charismatique… Il l’a et il est généreux en plus. Pat est un acteur qui peut se promener d’un registre à l’autre, et Paolo en est un que j’aimais bien niaiser. Il est très drôle. C’est un bon vivant. On lui faisait des jokes de gérontologie! Il embarquait dans la game, et on a pris soin de lui parce qu’il a été bien malade; on a été inquiets pour lui.
Tu prends une pause cet été. Dois-tu faire le point sur certaines choses avant ton retour en septembre?
J’étais dû pour avoir une halte routière. J’ai souvent testé mes limites, et des semaines de 80 heures, c’était normal pour moi. Si je faisais en dessous de ça, je ne comprenais pas. Quand tu es acteur, tu joues et tu te reposes. Mais quand tu es acteur et auteur, lorsque les acteurs se reposent, toi, tu ne te reposes pas; tu écris! C’est pour ça que j’ai arrêté. Je me sentais brûlé. On m’offrait des choses, j’étais sur le bord de dire oui et j’angoissais à l’idée de tourner. Ce n’est pas bon signe ça. C’est signe qu’il y a quelque chose qui se passe, et ce qui se passe, c’est que je suis fatigué. La vie, c’est faire des choix. Alors, là, pour les mois de juin, juillet et août, je ne fais rien, sauf deux jours où je fais Tout sur moi. Je n’écris pas et je ne tourne pas. C’est correct parce que, quand je vais revenir, ça va me tenter plus. Je suis chanceux de pouvoir prendre un break. En septembre, je recommence l’écriture de la série policière sur les patrouilleurs de Montréal que j’écris avec Réal Bossé et Johanne Arsenault. Il me reste cinq épisodes à écrire pour avoir une saison complète, et on va devoir attendre au mois de mars pour savoir s’ils nous envoient en tournage. Avec les coupures, ça devient difficile de faire de la télé. Et à partir du 8 ou du 10 septembre, je tourne Filière 13 avec Patrick Huard. C’est une comédie policière dans laquelle je joue un flic avec Guillaume Lemay-Thivierge et Paul Doucet. Mon prochain gros projet, c’est celui-là!
Les doigts croches, en salle le 31 juillet





