Ricardo Trogi et Jean-Carl Boucher pour 1981
«On s'est rencontrés au bon moment!»
Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2009-08-28 14:45:00
© Alliance VivaFilm
1981, film de Ricardo Trogi, prend l’affiche le 4 septembre prochain. Cette fois-ci, le réalisateur - qui a aussi écrit le scénario du film - livre une chronique biographique sur sa vie quand il avait 11 ans.
Pour l’incarner, il a choisi Jean-Carl Boucher, jeune acteur de 15 ans qu’on a vu à la télévision dans des séries telles que Kiki Tronic, Les Parent et Tactik et au cinéma dans Un été sans point ni coup sûr.
Le cinéaste et son double à l’écran se sont livrés de très bonne grâce au jeu de l’entrevue et on pense, quand on interviewe Ricardo Trogi et Jean-Carl Boucher ensemble, trouver une relation de père et fils, ou de maître à élève. Mais pas du tout! Complices et amis, ils s’entendent comme larrons en foire, n’hésitant pas à compléter les réponses de l’autre et s’amusant franchement à se remémorer des détails de cette aventure, qui se déroule en 1981.
Isabelle Hontebeyrie: Comment s’est déroulée votre première rencontre?
Ricardo Trogi: J’ai trouvé Jean-Carl par la télévision. [Se tournant vers Jean-Carl et prenant une voix sentencieuse] Je t’ai trouvé...
Jean-Carl Boucher:... dans une poubelle [Rires]
R.T.: Quand j'ai parlé de mon projet à mon ami Simon Dallaire, qui travaille pour Cinémission, il m’a dit qu’il auditionnait pas mal de p’tits gars pour son émission. Il en avait passé 96 et en avait retenu quatre! J’ai pris leurs noms, parmi lesquels figurait celui de Jean-Carl, qui avait joué dans un film de Francis Leclerc [NDLR: Un été sans point ni coup sûr]. J’ai appelé Francis, qui m’a dit: «Tu peux miser sur lui, il va "tougher".» [Rires] Ce qui est drôle, c’est qu’il était bon aux auditions, mais qu'il a été encore meilleur pendant le tournage!
I.H.: Le scénario est autobiographique. Vous êtes-vous empêché d’écrire certaines scènes et de jouer d’une certaine manière à cause de cela?
R.T.: Non. Le scénario de 1981 ne porte pas sur une histoire bien grave. Si ça avait été un film sur les abus sexuels, je ne sais pas dans quoi je serais tombé. Mais, là, non. Vraiment pas.
J.C.B.: Non. Au début, quand j’ai lu le synopsis, je ne connaissais pas Ricardo personnellement et je m’étais mis beaucoup de pression. J’avais l’impression qu’il faudrait que je passe du temps, enfermé avec lui pour savoir ce que je devais faire et comment il voulait que je le fasse, quels gestes je devais faire à quel moment. [Rires] Finalement, ça a été le contraire.
R.T.: La préparation n’a pas duré longtemps.
J.C.B.: Ça a tout de suite cliqué. On s’est entendus sur quelque chose dès le début...
R.T.: ...on ne savait pas trop quoi, d’ailleurs... [Rires]
J-C.B.: On ne s’est jamais vraiment assis en se disant: «Ok, on fait ça de même.»
R.T.: Non, de toute façon, moi, les réunions de personnages… Quand c’est bien écrit, c’est assez clair.
I.H.: Qu’est ce qui vous a le plus surpris l’un chez l’autre?
R.T.: Moi, c’est son naturel.
J.C.B.: Moi aussi! [Rires] J’avais travaillé avec seulement deux ou trois réalisateurs avant Ricardo et ça m’a étonné de voir qu’un réalisateur pouvait autant s’amuser. L’image qu’on a d’habitude est celle de quelqu’un de calme, de sérieux, qui nous dit comment il veut qu’on fasse les affaires. Et là, ça a été vraiment le contraire. S’il avait été un acteur dans le film, j’aurais dit que c’était avec lui que j’ai eu le plus de complicité.
I.H.: Y a-t-il une scène qui a été plus difficile à tourner que les autres?
R.T. et J.C.B.: Oui!
R.T.: Il y en a une seule: celle où tous les p’tis gars disent la vérité. On l’a refaite au complet.
J.C.B: On savait qu’il fallait la refaire, ça n’a pas été une surprise. On l’avait tournée un peu vite, ça avait été la dernière scène de la journée et elle est vraiment importante. Il n’y avait pas de rythme, on n’était pas concentrés. Il y a des moments, dans un tournage, où tu ne te rends plus vraiment compte que tu fais un film.
I.H.: Quelle est votre scène préférée?
J.C.B.: C’est la scène quand je vois mon père avec l’accordéon, que je m’en vais et toute la séquence, ensuite, dans la maison. Je n’avais pas l’impression que ça allait être émouvant, et quand je l’ai tournée, je ne pensais pas du tout que ça allait être comme ça. Quand j’ai vu le montage, ça m’a vraiment touché.
R.T.: J’en ai vraiment beaucoup, une dizaine à peu près! Celle de la bouteille est bien. Ce que j’aime, c’est le sérieux des p’tits culs.
J.C.B.: Les jeunes sont tellement dans leur monde. Ricardo aurait très bien pu être un réalisateur qui met des jeunes en scène. Il n’essaye pas d’avoir un regard extérieur, on rentre vraiment dans l’univers.
R.T.: J’aime aussi la scène d’ouverture avec les Nazis à cause de la surprise de les entendre parler en québécois. Ça fesse à chaque fois!
I.H.: Quelle a été la réaction de vos parents respectifs quand ils ont vu le film?
J.C.B.: La première fois, mon père était juste concentré pour voir si j’allais être poche.
R.T.: Ça a été la même chose avec les miens. Mes parents sont incapables de regarder un de mes films correctement la première fois. Ce qu’ils veulent, c’est éviter le flop. Ils n’ont pas envie que leur enfant se retrouvent dans un cirque médiatique où on va les écraser. Et c’est ça qui les inquiète tout le temps, même à mon âge. Ça me surprend encore, d’ailleurs.
J.C.B.: Ils se demandent: «Va-t-il faire une erreur?»
I.H.: Vous avez commencé à mentionner la possibilité d’une espèce de suite qui se déroulerait en 1987. Êtes-vous tous deux partants?
R.T.: J’ai besoin de la même famille et je ne sais pas du tout où Jean-Carl va être rendu physiquement! Je n’ai aucune idée de ce qui va arriver. Si j’étais sûr que je voulais le faire tout de suite et que Jean-Carl fitterait physiquement, ce serait déjà en branle. Là, je vais voir.
J.C.B.: Depuis le tournage de 1981, qui a eu lieu en septembre 2008, tout le monde me dit que j’ai changé.
R.T.: Si 1981 avait été tourné cette année, Jean-Carl n’aurait pas eu le rôle. Il n’a vraiment plus l’air d’avoir 11 ans alors que l’année passée, son visage était plus rond. Sa voix a commencé à muer aussi, un mois après le tournage. C’était d’ailleurs ma grande peur. Oui, ça s’arrange et il aurait pu revenir travailler sa voix en studio, mais ça n’aurait pas été aussi intéressant.
J.C.B: J’étais quasiment trop vieux quand on a tourné 1981 et, maintenant, je suis quasiment trop jeune pour 1987.
R.T.: On s’est vraiment rencontrés au bon moment!





