Cinéma

Entrevue avec Pascal Elbé

Tête de Turc: un sujet brûlant d’actualité

Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2010-09-04 06:00:00
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Samir Makhlouf dans Tête de Turc - © Axia Films Samir Makhlouf dans Tête de Turc - © Axia Films

On connaît Pascal Elbé comme acteur. Rappelez-vous, c’est lui qui jouait le chum pas sympa dans Romaine par moins 30. Il passe maintenant derrière la caméra et nous livre Tête de Turc, film choc sur la situation explosive des banlieues françaises.

Bora (Samir Makhlouf) est un adolescent de 14 ans, d’origine turque. Élevé par une mère monoparentale, il traîne, désœuvré, avec ses copains de la cité sur le toit d’un HLM. Un médecin (Pascal Elbé), en bas, remonte dans sa voiture. Sans raison, les jeunes se mettent à lui lancer de tout: bouteilles, morceaux de ferraille, etc., jusqu’au geste irréparable: Bora jette un cocktail Molotov et le véhicule prend feu. Le docteur est inconscient et, sans réfléchir, l’ado se précipite à son secours puis quitte les lieux. Bora est rapidement pris en tenaille entre la police, qui cherche le coupable de ce geste de violence gratuite, et les autorités, qui veulent récompenser le héros.

«Les thèmes traités sont empruntés à la tragédie grecque» explique Pascal Elbé, interviewé lors de sa venue à Montréal pour présenter Tête de Turc, sorti en France au début de l’année. Scénariste accompli, le cinéaste a eu l’idée de cette histoire en 2007-2008, après la sortie de prison de jeunes qui avaient brûlé vive la passagère d’un bus. Malgré la lourdeur du sujet du long métrage, il n’est pas pesant, peut-être parce que, comme il l’explique, «j’essaie de faire ressentir des émotions aux spectateurs, même si le thème en est un d’actualité en France». De message, point et de morale, encore moins. «Oui, il y a un propos. Celui de ce drame quasi Cornélien que vit ce gamin qui doit choisir entre sa conscience et son avenir. Mais je n’avais pas l’intention d’en faire un film politique.» Et pourtant, en parcourant les régions de France avec Tête de Turc, le cinéaste a fait réagir, les images servant de point de départ à des conversations sur la réalité de la vie dans les banlieues de l’Hexagone.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Tête de Turc ne se finit pas mal, il reste une lueur d’espoir, «parce que j’ai des enfants» répond-il quand on lui demande la raison de cette confiance en l’avenir. Cela vient aussi, peut-être, du fait que la sortie même du film tient du miracle. Sans distributeur au moment du tournage, avec un manque de budget deux semaines avant le premier tour de manivelle, Pascal Elbé a du être créatif. Six semaines de tournage au lieu des huit prévues, un hangar promis à la destruction comme lieu, «gracieuseté du maire de Suresnes», et ainsi de suite. Autant de solutions faisant appel au système D. Résultat: c’est Warner Bros. France qui a distribué le long métrage et les «américains ont acheté les droits du remake» dit, heureux, le réalisateur. Mais il garde les deux pieds bien sur Terre et travaille actuellement à son prochain film, «l’histoire d’un imposteur.»

Tête de Turc de Pascal Elbé, avec Ronit Elkabetz, Simon Abkarian, Florence Thomassin, Valérie Benguigui et Samir Makhlouf prend l’affiche dans toutes les salles du Québec le 10 septembre prochain.

 
 
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