Cinéma

Oscar et la dame rose

Éric-Emmanuel Schmitt: une ode à la vie

Isabelle Hontebeyrie / 7Jours 2010-02-19 18:30:00
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Amir Ben Abdelmoumen et Éric-Emmanuel Schmitt sur le plateau de <i>Oscar et la dame rose</i> - © Alliance VivaFilm Amir Ben Abdelmoumen et Éric-Emmanuel Schmitt sur le plateau de Oscar et la dame rose - © Alliance VivaFilm

Avant d’être porté au grand écran par l’auteur lui-même, Oscar et la dame rose a été un livre à succès, puis une pièce de théâtre au sujet grave et douloureux: la maladie et la mort d’un enfant de 10 ans, atteint d’une leucémie.

Le film, dont plusieurs séquences ont été tournées au Québec, met en vedette le jeune Amir Ben Abdelmoumen dans le rôle principal, Michèle Laroque dans celui de la dame rose ainsi que Benoît Brière et Max von Sydow.

Quelques jours avant son arrivée à Montréal pour la première du long métrage, Éric-Emmanuel Schmitt a pris le temps de répondre aux questions de 7jours.ca. Et il livre, avec émotion et humanité, son regard sur ses personnages.

Pourquoi étiez-vous réticent à porter votre roman au grand écran?

Je pensais que ce n’était pas possible car je ne voulais pas qu’on voit Oscar, enfant qu’on imagine dans le livre et dans la pièce de théâtre. Puis, un jour, je me suis dit: «Oui, mais cet enfant respire l'intelligence, cet enfant est beau, cet enfant n'est pas triste, cet enfant n'appelle pas d'emblée la pitié, mais juste de l'amour.»

Le film serait-il une exploration supplémentaire de l'œuvre?

Oui. Cette histoire, je l'ai constamment au fond de moi, et je l'avais au fond de moi avant même de l'écrire sous sa première forme. Avec le long métrage, j'avais le sentiment de compléter quelque chose, d’expliquer le personnage de la dame rose [NDLR: en Europe, les dames roses sont des bénévoles qui rendent visite aux malades] qui donne son temps aux autres, qui va régulièrement dans des hôpitaux alors que c’est un lieu que fuient la plupart des gens. S’approcher de la maladie et aborder la mort avec les enfants, êtres dont la mort est, par définition, insupportable... Je voulais explorer ce qui se passe chez une personne qui est capable de faire cela.

Vous avez évité que le film soit dur, qu’est-ce qui vous a guidé lors de cette adaptation?

Je voulais être très fidèle à l'histoire d'Oscar. Je pense d’ailleurs que le public retrouve son histoire exactement comme dans le livre. Et je pouvais, dans le même temps, enrichir l'histoire de la dame rose. Par contre, il fallait conserver la fantaisie, voire l'accentuer avec les scènes de catch. [...] J'aime la vie telle qu'elle est, pas telle que je voudrais qu'elle soit. Mon amour de la vie et des autres est précis, clinique, chirurgical. Je ne veux pas me nourrir d'illusions, je veux aimer les choses telles qu'elles sont. Et à ce moment là, c'est vraiment bon!

Parlant des scènes de catch ou de lutte, qui ont été tournées à Montréal et chorégraphiées par Franco Dragone, comment cette idée vous est-elle venue?

Ce sont des scènes burlesques et cela nous a d’ailleurs fait beaucoup de bien de tourner ces séquences après des scènes d’émotion qui nous avaient retourné. En fait, dans les combats de lutte, nous sommes dans l’imaginaire de l’enfant. J’ai collectionné les cassettes de matchs de catch en prévision du film et, à chaque fois que j’en voyais un, je trouvais cela vulgaire, grossier et bête. Et c’est à ce moment-là que je me suis dit que j’allais les montrer comme la dame rose les raconte et de la manière dont Oscar les imagine. Je suis donc entré dans l'imaginaire de l'enfant, qui ressemble à un univers de manga tout en étant burlesque! C'est coloré, c'est chromatique. Nous nous sommes d’ailleurs beaucoup amusés sur le plateau avec Michèle Laroque et Benoît Brière [NDLR: qui incarne le présentateur des matchs de lutte]. Ils n’arrêtaient pas! (Rires)

C’est le petit Amir Ben Abdelmoumen qui incarne le personnage d’Oscar. Comment l’avez-vous préparé à ce rôle?

Il a d’abord lu le scénario, puis le livre, qu’il a tous deux beaucoup aimé, et nous avons ensuite parlé de la maladie et de la mort. Il possède d’ailleurs le même point de vue qu’Oscar, c'est-à-dire qu'il a un regard plus philosophique sur la mort que les adultes, je dirais même plus intellectuel. Nous, les adultes, avons été traversés par des chagrins ; si on nous secoue, les larmes se mettent à couler, tandis que les enfants n’ont pas, la plupart du temps, vécu d’arrachement. Nous avons donc travaillé sur la maladie, sur l’affaiblissement d’Oscar et je lui ai demandé d’aller chercher ces émotions à l’intérieur de lui, dans ses souvenirs. Puis, avec Michèle Laroque et Amir, nous avons répété plusieurs fois cette histoire pour qu’ils puissent trouver le ton juste. Ce n’était pas difficile, ils sont tous deux de merveilleux acteurs, mais nous ne voulions pas découvrir ces scènes devant une équipe technique. Nous avons donc travaillé à trois dans une vraie intimité pendant plusieurs jours avant le tournage.

Vous parlez du regard des enfants sur la mort. En quoi diffère-t-il de celui des adultes?

Nous, les adultes, avons un rapport beaucoup plus pathétique avec la maladie et la mort. Les enfants y portent un regard d'analyse et de philosophie. C'est très enrichissant de discuter de cela avec des jeunes, parce qu’ils demandent immanquablement pourquoi nous, les adultes, pleurons. Je ne connais d’ailleurs pas d’adulte qui n’ait pas pleuré en lisant Oscar et la dame rose. C’est ma vie quotidienne! Quand je me promène dans la rue, des hommes et des femmes m’arrêtent constamment en me disant: «Ah vous! Vous m’avez fait pleurer!». Or, à chaque fois que j'en parle avec des enfants, ils ne sont pas du tout tristes. Ils adorent le livre, se le passent et l'étudient parfois à l’école. Mais, ils ne versent pas de larmes. Et quand je leur demande pourquoi ils me répondent: «Mais Oscar, il ne pleure pas, il accepte tout ce qui lui arrive. Comment veux-tu qu'on pleure?»

Rappelons qu’Oscar et la dame rose d’Éric-Emmanuel Schmitt, met en vedette Amir Ben Abdelmoumen, Michèle Laroque, Benoît Brière et Max von Sydow. Le film prend l’affiche au Québec le 26 février prochain.

 
 
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