Livres

Michel Rabagliati

Paul autour du monde

Par Steve Martin / 7Jours 2008-01-11 15:56:54
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© Photo de Daniel Auclair/ Illustration de Michel Rabagliati

Michel Rabagliati est une exception dans le paysage de la B.D. québécoise. Les aventures de Paul se vendent aussi bien au Québec qu’à l’étranger. Et son succès ne se dément pas...


Michel, tes albums racontent le quotidien d’un personnage ordinaire. Comment expliques-tu leur succès?
C’est bien vrai que la vie de mon personnage, Paul, est «ordinaire», mais les gens se reconnaissent là-dedans. Ce sont les commentaires des lecteurs que je rencontre. Ils me disent: «J’ai déjà vécu dans ce quartier-là» ou: «Nous aussi, nous avons de la difficulté à avoir un enfant.»


Y a-t-il des endroits que tu aimes particulièrement reproduire en dessin?
C’est certain. Si je vois un lieu devant lequel je suis passé quand j’étais jeune, je deviens complètement fébrile et je prends des photos. C’est souvent de cette façon que j’entame mes histoires: j’ai envie de dessiner un endroit précis. L’histoire de mon prochain livre, Paul à Québec, se déroule principalement dans le petit village de Saint-Nicolas, situé au pied du vieux pont de Québec. Mes beaux-parents y habitaient; c’est un endroit que j’aime beaucoup.


Tu t’inspires beaucoup des gens qui t’entourent. Comment réagissent-ils en se voyant en personnages de B.D.?
Je leur explique que ce n’est pas vraiment eux, mais que je me suis inspiré d’eux. En général, les gens sont contents de se voir dans mes livres. La série d’albums Paul, c’est «ensoleillé», ce n’est pas une B.D. revancharde, alors il n’est pas question de taper sur qui que ce soit. Si je mets les gens dans mes livres, c’est parce que je les aime. C’est une façon de leur rendre hommage. Je suis très attaché à mes amis et j’ai une famille formidable. Mes proches sont comme des marionnettes que je fais bouger! (rires)


Rêvais-tu de faire des bandes dessinées quand tu étais enfant?
Oui. J’en rêvais à 10 ou 11 ans, mais j’avais tout abandonné parce que mes parents me disaient d’oublier la B.D. et de me diriger vers un domaine qui me permettrait de gagner ma vie. Dans les années 60, le seul qui faisait de la B.D. au Québec était Albert Chartier. Il donnait vie à Onésime dans Le bulletin des agriculteurs.


Tes B.D. ont une certaine parenté avec celles de Chartier. Onésime ne pourrait-il pas être le grand-père de Paul?
C’est vrai. La B.D. de Chartier était toutefois plus orientée vers le gag parce qu’elle tenait sur une page. Mais mon style est influencé par le sien. Dans Paul à la campagne, Paul a presque la tête d’Onésime: il n’a pas de menton, la tête en forme d’ampoule, les bras assez caoutchouteux… c’est très semblable. Le style de ce gars-là m’a accroché dès l’enfance.


Combien ça prend de temps, faire une bande dessinée?
Moi, je sors une page par jour. Ça me prend deux ans pour produire un livre; mes albums comptent généralement quelque 200 pages. Je m’interdis de colorer les pages parce que je veux garder le style «roman». Mes lecteurs ne me le demandent pas de toute façon. Et ajouter de la couleur exigerait une année supplémentaire de travail.


Si Paul est inspiré de toi, Lucie doit être le reflet de ta conjointe?
Lucie, c’est Carole. Elles ont un peu le même caractère. Carole est très affable, très souriante. Elle est comme moi, elle voit la vie du bon côté.


Est-elle une bonne critique?
C’est la première et la dernière personne qui regarde mes planches. Carole, c’est ma meilleure critique et elle n’a absolument aucune pitié pour moi! Elle pointe des choses et elle me dit: «Ça, c’est vulgaire!» ou «Ça, c’est trop long.» Elle a un bon œil. Je dois dire qu’on est ensemble à cause de la B.D.: on est deux «tintinologues»! Pose-nous n’importe quelle question sur les albums de Tintin, et on va répondre! (rires) Carole connaît le langage de la B.D. sur le bout de ses doigts. Elle sait comment ça marche. La plupart du temps, quand elle me fait une critique, elle a raison!


 
 
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