Sofia Stril-Rever
La voix du dalaï-lama
Karine Vilder / 7Jours 2009-03-31 11:43:33
Peu importe qu’on soit ou non versé dans le bouddhisme, les paroles du dalaï-lama sont réellement à la portée de tout le monde. Et, par ricochet, cette première autobiographie spirituelle aussi. Mais avant d’aller plus loin, nous nous devons de revenir trois ans en arrière.
Le moment de vérité
En ce 10 mars 2006, journée officielle de la commémoration du soulèvement national tibétain de 1959, des milliers de personnes sont venues écouter le discours du dalaï-lama à Dharamsala malgré le froid et la pluie battante. Sofia Stril-Rever fait partie du nombre et, même si elle traduit les enseignements du grand homme depuis déjà une bonne quinzaine d’années, elle entend cette fois d’une autre oreille la dimension universelle d’humanité qui se dégage de ses propos. «C’est cette dimension qui le rend si proche de nous et si heureux d’être vivant, explique Mme Stril-Rever, que nous avons jointe au téléphone la semaine dernière. Cet être à part nous enseigne le bonheur, et rares sont les personnes capables d’attirer comme lui des dizaines de milliers d’individus pour nous en parler. Ce que je comprends de son message, c’est la vie de l’esprit, la force de transformation qui permet de donner un sens à la souffrance et à l’existence terrestre. Sinon, on est esclave de notre société de consommation et, lorsqu’on se retrouve face à soi-même, on ne trouve rien dans les allées des supermarchés qui peut nous apporter le bonheur. Le dalaï-lama a des choses à nous apprendre sur les vraies valeurs de la vie et on n’a pas besoin d’être bouddhiste ou chrétien pour suivre sa voie spirituelle. Il nous demande juste de laisser rayonner la bonté humaine, de construire des temples de bonté en nous.»
Ce jour-là, à Dharamsala, Sofia Stril-Rever a une révélation: elle va «renouveler ce qu’on peut lire sur le dalaï-lama, car il n’a vraiment pas une personnalité comme les autres». Son idée? Réunir sous un même couvert ce qu’on sait de l’être humain, qui a à cœur le développement des valeurs humaines, du moine bouddhiste, qui prône l’harmonie entre les religions, et du dalaï-lama, qui défend la cause du Tibet.
Un travail de moine
Dès l’instant où elle débarque en Inde pour la première fois, Sofia Stril-Rever tombe amoureuse du pays et de sa culture, très ouverte sur le sacré. Également fascinée par les langues, elle se met rapidement au sanskrit et au tibétain, ce qui lui permet avec le temps d’approcher le professeur Samdhong Rinpotché, président du Parlement tibétain en exil et directeur de l’Institut central d’études supérieures tibétaines à Sarnath, et Mathieu Ricard, le principal interprète et traducteur français du dalaï-lama. «Quand il ne peut pas traduire un texte en français, M. Ricard me demande de le faire pour lui; je suis un peu sa roue de secours!» précise Mme Stril-Rever.
Tout ça pour dire que, grâce à l’intermédiaire du professeur Rinpotché, elle obtient le feu vert du dalaï-lama quant à son projet de livre et elle ne tarde pas à recevoir une compilation de discours et de textes. «Je me suis rendu compte qu’il y avait une partie du dalaï-lama qu’on connaissait moins, et c’est cet aspect que j’ai essayé de développer, en le complétant avec les entretiens que j’ai pu réaliser lors du tournage d’un film portant sur lui. Je ne voulais pas faire une biographie linéaire (naissance, enfance, adolescence, etc.). Ç’a été un très gros travail pour moi de trouver la structure du livre, d’arriver à l’articuler autour des trois engagements de vie du dalaï-lama. Et puis j’ai remarqué que tous les textes étaient écrits à la première personne. À partir de là, je pouvais construire une autobiographie.»
Le résultat? D’abord, un vrai bonheur de lecture. Ensuite, un vrai bonheur tout court. Au fil des pages, on découvre à quel point le dalaï-lama fait figure d’exception, tant pour ce qu’il est que pour ce qu’il a à nous enseigner. Lorsqu’on referme ce livre, on n’a qu’une envie: réapprendre à aimer son prochain sans sortir de chapelet ou de recueil de prières pour autant.
Notre appréciation: 4/5





