Michel David
L’écrivain sagace derrière les sagas
Karine Vilder / 7Jours 2009-05-26 09:47:14
Michel David © Christine Bourgier
Après avoir enseigné pendant 30 ans et écrit pas moins de 158 manuels et cahiers scolaires, vous vous êtes tourné vers les chroniques familiales. Comment est-ce que ça a commencé?
La première saga que j’ai écrite (La poussière du temps), je l’ai écrite pour une amie. En fait, j’ai commencé à raconter son histoire dans un premier tome et je lui ai offert le manuscrit comme cadeau d’anniversaire pour ses 80 ans. Après l’avoir lu, elle a trouvé dommage qu’il n’y ait pas de suite! J’ai donc écrit les trois autres tomes en me servant de la documentation qu’elle me fournissait. Je dois quand même préciser que toutes mes autres sagas sont fictives.
En quelques années seulement, vous avez publié quatre sagas. Comment arrivez-vous à écrire aussi vite?
Je n’ai pas encore eu le syndrome de la page blanche. Mais je dois admettre que ça devient de plus en plus difficile pour moi d’écrire des romans… Mon 16e (avec le quatrième tome de Chère Laurette) va sortir cette semaine, et j’en ai déjà écrit six autres. Alors, comme je fais un travail de conteur, les anecdotes me viennent moins facilement qu’avant parce que je ne veux pas me répéter. À part ça, je travaille sept jours sur sept. Entre deux romans, je m’accorde cependant deux grosses journées de repos!
Je dois quand même préciser quelque chose: je suis incapable d’écrire la moindre page si je n’ai pas le titre de mon roman en tête. Tant qu’il n’est pas trouvé, j’ai un blocage. Une fois que je l’ai, par contre, ça déboule tout seul… même si mon éditeur accepte rarement le titre que je lui propose!
Comment expliquez-vous votre succès?
Ça m’étonne toujours beaucoup d’avoir du succès, car il ne me semble pas mérité: j’écris pour m’amuser, pas pour faire une deuxième carrière. Mais l’écriture m’a emporté, et je n’ai plus l’impression d’être à la retraite! Une fois, quelqu’un m’a dit: «Vous savez, vous n’êtes qu’un auteur grand public.» Au lieu de me choquer, ça m’a flatté d’entendre ça. Je suis content d’écrire des livres qui se comprennent sans qu’on ait besoin d’une bouteille d’aspirines.
Mon but est de raconter, pas de philosopher ou d’orienter la pensée de mes lecteurs. Je ne porte pas de jugement sur la religion, et les gens tirent les conclusions qu’ils veulent en fonction de ce qu’ils ont vécu. Une femme m’a déjà avoué que si elle aimait tant mes livres, c’est parce qu’il ne s’y passait rien! Et elle a raison! Dans mes romans, il n’y a pas de tragédie, pas de drame. Il n’y a même pas de sexe car, à l’époque où les histoires se déroulent, ces choses-là se passaient derrière une porte fermée. Je me dis aussi qu’il y en a déjà bien assez dans tout ce qu’on lit aujourd’hui!
Qui sont vos lecteurs?
J’en ai vraiment de tous les âges. Un garçon de neuf ans, par exemple, est déjà venu me voir en m’avouant avoir payé l’un de mes romans avec son argent de poche, tandis qu’une personne âgée m’a demandé de me grouiller pour terminer ma saga, parce qu’elle n’allait pas vivre jusqu’à 100 ans! Comprendre qu’on est aimé, c’est toujours agréable.
Sur quoi travaillez-vous présentement?
Les quatre tomes de ma prochaine saga sont déjà prêts et ils vont bientôt commencer à sortir à intervalles de trois mois. D’après mon comité de lecture, c’est la meilleure saga que j’ai écrite jusqu’à présent. Elle devait s’intituler La quête du bonheur mais, comme ça se rapproche un peu trop du titre de la trilogie de Marie Laberge (Le goût du bonheur), elle s’appellera plutôt Un bonheur si fragile.
Là, je suis à la page 486 de ma prochaine saga. Je suis en train de raconter la naissance d’une paroisse habitée à moitié par des Irlandais, à moitié par des Québécois. Un village ne part pas du néant! En général, il se développe lorsqu’une partie des habitants de deux paroisses quittent leur patelin pour en former une troisième. Cela a d’ailleurs provoqué bien des bagarres parce que les curés ne voulaient pas perdre leurs ouailles!






