Livres

Jacinthe Bouchard

Pourquoi dompter ses passions?

Karine Vilder / 7Jours 2009-09-01 10:00:10
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Jacinthe Bouchard © Martine Doucet Jacinthe Bouchard © Martine Doucet
Spécialisée en comportement animal, Jacinthe Bouchard a parcouru la planète pour dresser toutes sortes de bêtes, dont certaines sont au moins 20 fois plus grosses qu’elle!

Une semaine avant la sortie en librairie de son récit autobiographique intitulé Passion animale – Ma vie est un roman d’aventures, elle nous parle de ce livre et de son trépident quotidien.

Comment en êtes-vous venue à écrire ce livre?
Ce sont les Éditions de l’Homme qui me l’ont demandé. Je vois à travers le regard des autres qu’ils pensent que je fais un métier particulier mais, pour moi, c’est du quotidien! Je suis une passionnée jusqu’au bout des doigts!

Vous qui avez fait tant de choses et qui êtes allée partout, pourquoi avoir concentré votre histoire autour du Temple des Tigres, en Thaïlande?
J’ai fait le tour du monde, mais je voulais une plate-forme pour le livre. À partir de cette histoire-là, je raconte ce que j’ai vécu ailleurs parce que je voulais vraiment partager un maximum de choses.

Ceci dit, l’expérience que j’ai vécue en Thaïlande a été extraordinaire pour moi. J’ai été la seule au monde à avoir été approchée pour aller dans ce lieu tout à fait exceptionnel. Moi, la petite Québécoise!

Comment votre passion pour le comportement animal s’est-elle dessinée?
Je suis une petite fille du quartier Ahuntsic, à Montréal, et je n’ai jamais eu d’animaux quand j’étais petite. Mais, très jeune, je regardais Rintintin, Lassie, Daktari… Et, à huit ans, je savais que, plus tard, j’entraînerais des lions! Encore aujourd’hui, ma mère pense que j’ai là un bien beau passe-temps et qu’un jour je vais enfin me trouver un vrai métier! Elle appartient à une autre génération et elle pense que ce n’est pas possible d’aimer son travail!

J’ai quand même fait mes études en administration, puis en psychologie, et quand ma passion m’a rattrapée, j’ai quitté le Québec pour suivre des cours parce qu’ici, rien n’existait il y a 20-30 ans dans le domaine du comportement animal. C’était nouveau et j’avais l’impression d’être une martienne!

Lamas, tigres, loups, morses, poules, chiens… Vous pouvez entraînez tous les animaux?
Le cerveau fonctionne de la même façon, quelle que soit l’espèce, et les principes d’entraînement sont les mêmes, même si les techniques sont un peu différentes. Mes étudiants entraînent des poissons rouges à sauter dans des cerceaux et, l’an dernier, j’ai entraîné pendant trois semaines une chauve-souris pour qu’on puisse la présenter dans les écoles. Un de mes professeurs a même entraîné une huître à s’ouvrir sur commande et un homard à claquer des pinces!

Vous entraînez les animaux avec un clicker. Comment est-ce que ça marche, au juste?
Le principe du conditionnement est simple. Le clicker est un petit instrument qui fait clic. C’est tout! Mais il a un son particulier que l’animal n’entend pas tous les jours. Associé à quelque chose de positif, quelque chose que l’animal veut, le clic va bientôt avoir le même effet sur lui que la cloche de Pavlov, et la bête va développer toute une série de comportements simplement parce que, pour elle, clic = biscuit par exemple. Chaque fois qu’elle reproduit un bon comportement, je clique. Et, au bout d’un moment, la bête sait quel comportement va me faire cliquer. Elle va toujours «m’offrir» le comportement en pensant qu’elle peut recevoir un biscuit en échange!

N’importe qui peut entraîner n’importe quoi. Par contre, au début, on n’est pas très bon car on ne clique pas au bon moment. Il faut décortiquer les parcelles de mouvement de l’animal et les anticiper pour cliquer.

Avec quel animal avez-vous le plus d’affinités?
Tout le monde me demande ça mais je n’en ai aucune idée! En ce moment, je suis vraiment dans les poules: avec mes étudiants, je fais des «chicken camps» et je fais des spectacles avec les poules (où on les voit par exemple jouer au poker après une seule journée d’entraînement). La semaine prochaine, je vais entraîner des phoques en Gaspésie, car il faut qu’on leur mette des gouttes dans les yeux…

Comment arrivez-vous à ne pas trop vous attacher aux animaux que vous entraînez, surtout quand vous les avez vus naître?
J’ai des enfants et je n’éprouve un amour inconditionnel que pour eux! J’aime les animaux, mais pas comme mes enfants. Et puis quand je quitte un animal, je sais qu’il sera maintenant plus heureux, entre autres parce que sa relation avec son gardien se sera grandement améliorée.

Votre métier vous a-t-il servi pour… élever vos propres enfants?
Mes enfants sont maintenant dans la vingtaine. Ils étaient donc très jeunes quand j’ai appris cette technique du comportement. Mais ça m’a quand même fait réaliser que le principe de renforcement est aussi très positif pour élever des enfants! Alors oui, j’ai utilisé ces techniques, mais pas avec le clicker!

Notre appréciation: 3/5
Passion animale, aux Éditions de l’Homme, 280 pages, 24,95 $

En librairie dès le 8 septembre.

 
 
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