16 jours à Pékin
«C’est comme un vieux rêve» - Chantal Petitclerc
Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-11-07 12:00:21
Chantal Petitclerc © Collaboration
À l’aube de ses 40 ans, après s’être retirée de la course olympique, Chantal Petitclerc lance son tout premier livre, 16 jours à Pékin, qui retrace ses cinq dernières victoires. À la manière d’un journal intime, l’athlète transporte le lecteur dans les petits détails du quotidien et les coulisses de ses ultimes jeux paralympiques.
Elle le précise d’emblée, ce livre n’est pas une biographie. «Je suis trop jeune, et ce n’est pas la fin de ma vie avec ces cinq médailles. J’ai toujours eu le fantasme d’un jour écrire quelque chose. C’est comme un vieux rêve. J’ai un regard très romantique sur l’écriture. C’est vraiment une belle expérience de vie.»
Au-delà du récit de ses multiples victoires, Chantal tenait également à y dresser le portrait de ses faiblesses. «Oui, les grands athlètes ont des personnalités fortes, sont des symboles de réussite mais à travers la performance, la vie continue et il y a des choses qui ne sont pas toujours faciles. Tu dois pouvoir compartimentaliser tout ce qui t’arrive au plan personnel. C’est un aspect de moi qu’on ne connaissait pas tant que ça. Je voulais le faire avec honnêteté et ne pas montrer juste mes forces.»
Elle y raconte donc notamment son dernier moment de découragement à Pékin alors qu’un violent orage s’est abattu tout juste avant sa dernière course, celle du 1500 mètres. «Tu as l’impression d’avoir tout réussi et il t’arrive un truc qui est un beau symbole à quelque part puisque c’est totalement hors de ton contrôle. Ça a été le moment le plus intense et le plus difficile à gérer parce que j’avais 20 ans derrière moi qui me disaient que je n’étais pas bonne sous la pluie. S’il y avait une fois où je devais me prouver à moi-même que j’étais capable, c’était là. Et c’était là ou jamais aussi parce que j’avais décidé avant les jeux que c’était mes derniers.»
Faire le deuil
Bien qu’elle ait décidé de tirer sa révérence avant même de participer aux jeux de Pékin, l’athlète admet qu’elle a un certain deuil à faire de sa carrière sportive. «Je n’ai pas eu le temps de le faire complètement. À chaque fois qu’il y a une compétition, je suis sur Internet à attendre les résultats. Ce n’est pas facile. C’est 20 ans, mais c’est aussi ton mode de vie. Soudainement, tu n’es plus là, et les autres athlètes continuent.»
En tant qu’athlète, elle se préparait et se définissait selon de nouveaux objectifs à atteindre. Force est d’admettre que le futur lui est présentement incertain. «Ça reste assez égocentrique être un athlète. Il faut que tu sois très axé sur toi-même. Toutes tes décisions sont prises selon leur influence sur ta performance. C’est peut-être pour ça qu’aujourd’hui, c’est difficile de voir vers l’extérieur et de te demander où tu t’en vas.»
Même s’il s’agit d’un dur moment, elle n’aurait tout simplement pu envisager de poursuivre sa carrière. «Après Pékin, j’avais gagné cinq médailles d’or. Je les avais gagnées à Athènes aussi. J’ai les cinq records du monde dans chacune des distances. Qu’est-ce que je peux faire de plus? Continuer et me répéter? Essayer de revivre des moments que j’ai déjà vécus une fois? Tout était parfait. Je pense que c’est sage de se dire qu’on garde la perfection de ce moment-là et qu’on sort de sa zone de confort.»
Pour ajouter au deuil, Chantal, victime d’une thrombose, a dû suspendre son entraînement et annuler sa participation au récent marathon de New York. «C’est un peu dommage cette année mais en même temps, j’étais dans le rush du livre. Je me couchais tard et je n’avais pas mon entraînement habituel. Les deux ensemble, c’était hyper difficile.»
Elle compte toutefois reprendre sous peu l’entraînement. «Là je vais pouvoir me concentrer là-dessus et participer au marathon l’an prochain, ce qui est finalement plus logique aussi parce que changer d’entraîneur et de distance, c’était beaucoup pour une seule personne dans la même année. L’été prochain, je veux faire une belle saison parce que ce sont mes dernières années en tant qu’athlète. C’est le moment pour moi de faire une transition et de lâcher la piste.»
Des joies au programme
Son conjoint, qui la suit depuis des années, accueille à bras ouverts cette retraite. «Là, on tripe! Il a été tellement extraordinaire. Ça nous a beaucoup rapprochés, parce qu’il a été hyper présent. Il savait que c’était important pour moi, que je devais me concentrer là-dessus. Cette année, c’est super parce qu’on a le temps d’en profiter, de voyager plus.»
Délaissant quelque peu les rêves ambitieux au profit des petites joies quotidiennes, Chantal ne s’en trouve pas malheureuse, bien au contraire : «J’avais ce grand rêve bien organisé et bien structuré. Là, je suis plus dans les petits rêves : j’ai le goût de voyager, de faire des trucs avec mon chum. On vient de s’acheter un condo en Floride. Mon rêve en ce moment, c’est d’entrer chez Ikea et de tout décorer!»
16 jours à Pékin sera disponible en librairie le 12 novembre prochain.





