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Martine Desjardins

Une curiosité littéraire!

Karine Vilder / 7Jours 2009-12-01 10:00:09
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Martine Desjardins © Louis Desjardins Martine Desjardins © Louis Desjardins
On a tellement aimé Maleficium, le dernier roman de Martine Desjardins, qu’on a voulu en savoir plus.

Comment l’idée d’écrire une histoire pareille vous est-elle venue?
L’idée a germé il y a 12 ans environ. Je voulais explorer la personnalité du diable, une figure importante des contes et des légendes du Québec qui a été un peu évacuée avec la Révolution tranquille.

J’ai eu une éducation très catholique, comme la plupart des gens de ma génération, et j’ai connu avec mes yeux d’enfant tous les rituels religieux. Ça m’a beaucoup marquée.

N’avez-vous pas eu peur de dérouter un peu trop les lecteurs?
Je suis contente d’être une curiosité littéraire! En fait, quand les idées de cette histoire me sont venues, je me suis presque forcée à les écrire parce que je suis assez dédaigneuse dans la vie. Je hurle quand je vois un insecte chez moi! C’était donc une sorte de plaisir sadique où j’explorais des régions très troubles des étrangetés de la nature. C’est déstabilisant mais, comme je lis justement pour être déstabilisée, je voulais entraîner le lecteur dans un autre monde pour le désorienter.

Votre univers romanesque est-il toujours aussi étrange?
Je dois dire que oui... Dans mon premier roman, une femme est enfermée par son mari et se fait cultiver par lui comme un champignon. Dans le deuxième, une infirmière se brode la peau. Dans le troisième, l’héritière d’une mine de sel la transforme en monument funéraire. J’aime le bizarre et l’étrange quand j’écris. Ça met beaucoup de couleurs, et il est important que le lecteur en ait pour son argent!

Les déformations physiques vous fascinent-elles?
Ce n’est absolument pas une fascination dans ma vie de tous les jours. Je n’ai pas cette espèce de morbidité pour aller par exemple voir le fameux musée où il y a des fœtus dans des bocaux! Mon imaginaire et moi, c’est comme deux personnes distinctes!

Dans quel état d’esprit étiez-vous pour écrire Maleficium?
Je pars avec deux éléments: un lieu et une matière (Zanzibar et la queue, l’Iran et le tapis, etc.). À partir de là, je prends tablette de papier et crayon, et je monte sur mon toit pour être complètement isolée. Je me mets en mode «trouver l’histoire». C’est toujours une histoire vraiment plate et banale au début que j’essaie de raffiner, de pousser en cherchant une certaine originalité.

Vous qui n’aimez pas voyager, vous parlez des îles Daymaniyat, de Chiraz, de Zanzibar ou de Naplouse comme si vous y aviez été. Comment est-ce possible?
Je n’aime pas voyager, car je fais des crises d’anxiété dès que je m’éloigne un peu trop de la maison. Avec l’âge, j’ai développé cette sorte de réaction nerveuse. La tête veut partir dans les endroits les plus exotiques, mais le corps n’est pas capable de suivre même pour aller dans le Maine…

Je suis donc obligée de faire des recherches dans les journaux d’explorateurs ou en regardant les photos de voyage que les gens mettent sur Internet, et j’essaie d’imaginer les odeurs, les sons, etc. Comme je n’y suis jamais allée, ça m’oblige à mettre beaucoup de détails pour me représenter ces endroits! Du reste, j’adore faire de la recherche. C’est la partie rédaction que je trouve plus pénible. Composer les phrases, organiser la pensée, trouver les bons adjectifs… Ouf! c’est pas facile!

Avez-vous commencé à travailler sur un autre livre?
Justement, ce matin, j’étais en train de faire une petite recherche sur les fossiles. Je ne sais pas ce que je vais faire avec ça… J’ai aussi un autre roman que j’ai laissé en friche et que je vais peut-être reprendre. Mes romans précédents se sont toujours déroulés au tournant du XXe siècle, et là j’aimerais être plus contemporaine. Alors on verra bien!

 
 
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