Livres

Palmarès 2009

10 romans retenus

Karine Vilder / 7Jours 2009-12-24 10:00:00
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Si vous avez envie de plonger dans un bon livre pendant les vacances, voici ceux que nous avons préférés cette année.

1. Les âmes brûlées

Même si on ne connaîtra jamais son nom, le narrateur de ce petit chef-d’œuvre ne se fera certainement pas oublier de sitôt. Car dès les premières pages, il nous plonge dans un univers totalement déroutant, à la limite du supportable.

Acteur porno carburant principalement à la cocaïne, il raconte en effet comment il a perdu le contrôle de son véhicule avant d’échouer dans un ravin et comment, sa voiture s’enflammant aussitôt, quasiment toute la surface de son corps s’est mise à rôtir. Transporté à l’hôpital dans le service des grands brûlés, il partagera ensuite avec nous son quotidien. C’est là qu’il faut vraiment avoir le cœur solide, parce qu’il ne reculera devant aucun détail médical, saisissant au passage l’occasion de nous expliquer de quelle façon il compte se suicider dès qu’il pourra marcher. On peut du reste fort bien le comprendre: avec ses chairs boursouflées, il ne sera dans le futur jamais rien d’autre qu’un monstre ambulant.

Mais un jour, toujours allongé sur son lit d’hôpital, il recevra la visite d’une étrange femme qui lui affirmera qu’au cours des 700 dernières années, c’est la troisième fois qu’il se fait ainsi brûler. L’ayant apparemment rencontré pour la première fois au XIVe siècle, elle lui fera au fil du temps le récit de leurs amours passées et réussira l’impossible: lui redonner le goût de vivre... et nous donner le goût de plonger corps et âme dans ce livre envoûtant.

Andrew Davidson, aux Éditions Plon, 502 pages, 29,95 $

2. La vie d’un homme inconnu

Ivan Choutov, un écrivain quinquagénaire cynique et désabusé qui s’obstine à vouloir percer, vient de se faire larguer par une jeune Française qu’il a accueillie chez lui pendant deux ans et demi. Comme ils n’avaient pas les mêmes goûts littéraires, leurs discussions à la lueur des chandelles se sont en effet peu à peu muées en disputes enflammées, plongeant de ce fait leur idylle dans la noirceur.

Choutov est démoli. Mais, inspiré par la lecture d’une nouvelle de Tchékhov dans laquelle un homme de son âge tente de retracer celle à qui il a jadis murmuré un timide «Je vous aime, Nadenka», il décide sur un coup de tête de retourner à Saint-Pétersbourg afin de retrouver, lui aussi, une femme qu’il a aimée 30 ans plus tôt. Iana n’a cependant plus rien à voir avec la jeune fille qu’il a connue. Tout comme son ancienne patrie, d’ailleurs. Les magnifiques poèmes qui, à l’époque soviétique, pouvaient changer une vie, au risque de mettre fin à celle de leur auteur, ont été remplacés par des slogans publicitaires et des romans à l’eau de rose. Choutov erre donc dans la ville en parfait étranger, jusqu’à ce qu’il se retrouve au chevet de Volski, le vieillard qui loge chez Iana en attendant d’être transféré dans un hospice. Alors que tout le monde le croit muet, Volski se met à parler. Et l’histoire d’amour sur fond de guerre qu’il va révéler est à la fois si touchante et si émouvante qu’on doit obligatoirement avoir une boîte de mouchoirs à portée de main.

La plume d’Andreï Makine atteint de telles envolées qu’on plane souvent entre ciel et terre.

Andreï Makine, aux Éditions du Seuil, 295 pages, 32,95 $

3. Le club des incorrigibles optimistes

En 1959, Michel Marini, 12 ans, a une famille relativement soudée — même si les parents de sa mère et de son père se détestent ouvertement —, un ami fidèle qui l’aide en douce à passer ses examens de maths et une passion folle pour le baby-foot. D’ailleurs, chaque soir après l’école, il ne peut s’empêcher d’aller faire quelques parties dans les cafés du quartier, histoire de rappeler à ses adversaires qu’il est un joueur plutôt redoutable.

Michel fréquente surtout le Balto, un immense bistro tenu par l’indéfinissable couple Marcusot, et il est fort intrigué par la petite porte du fond, dissimulée derrière un lourd rideau de velours. Non seulement il n’y a que des types qui la franchissent mais, en plus, ils ont une drôle de mise. Et puis, un jour, il finit par la franchir lui aussi. Dans l’arrière-salle enfumée, Jean-Paul Sartre et Joseph Kessel disputent en silence une partie d’échecs, tout comme le reste de l’assemblée.

Sans le savoir, Michel vient de découvrir le Club des incorrigibles optimistes, où toute une bande d’exilés ayant fui la tyrannie des pays de l’Est pour ne pas être condamnés au nom de leurs idéaux valeureux se réunissent entre deux quarts de travail. C’est qu’à Paris, ils ne sont plus rien. Ni Hongrois, ni Polonais, ni Yougoslaves, ni Allemands de l’Est, ni traîtres, ni communistes, ni médecins, ni époux aimants. Comme ils ont tout perdu pour sauver leur peau, ils se retrouvent pour sauver au moins leur moral.

Michel troque donc peu à peu ses parties de baby-foot contre des parties d’échecs, ce qui lui permet de mieux affronter son quotidien qui passe tranquillement du rose au noir à mesure que les années défilent: une amie chère à son cœur tente de se suicider, son frère se porte volontaire pour la guerre d’Algérie, la relation entre ses parents s’effrite lentement mais sûrement, et son adolescence, pleine de remises en question, s’annonce beaucoup moins agréable et légère qu’il ne le pensait…

Jean-Michel Guenassia, aux Éditions Albin Michel, 760 pages, 34,95 $

4. L’histoire d’Edgar Sawtelle

Aux yeux de la célèbre animatrice Oprah Winfrey, L’histoire d’Edgar Sawtelle est l’un des plus grands romans américains jamais écrits. Pour preuve, pas moins de 2 millions d’exemplaires ont déjà été vendus, et ce, avant même que l’œuvre ne soit traduite en diverses langues.

Émouvante à souhait, l’histoire nous transporte dans un coin perdu du Wisconsin, où Edgar père élève et dresse avec sa femme Trudy toute une lignée de chiens comparables à nuls autres tant ils sont beaux, intelligents et solidement constitués. Chaque animal qu’ils placent leur rapporte d’ailleurs 1500 $, ce qui n’était pas rien il y a 60 ans. Mais comme l’entretien de ces animaux représente beaucoup de travail et d’argent, l’aide d’un Sawtelle additionnel ne saurait être de trop. C’est ainsi que naît Edgar fils, un vigoureux petit bonhomme qui leur sera d’un précieux concours même s’il est incapable de se servir de ses cordes vocales. Secondé par Almondine, la chienne de la famille, il apprend peu à peu les rouages du métier et se voit un jour confier une nouvelle portée. Sans la présence importune de son oncle Claude, un ancien militaire prêt à tout pour arriver à ses fins, sa vie aurait été plus douce que le poil des chiots qu’il toilette quotidiennement. Car dès l’instant où cet homme au passé chargé d’ombres s’incrustera dans la ferme, l’enfant ne connaîtra plus un seul instant de bonheur. Il ne faut donc pas se surprendre si la fin est incroyablement bouleversante.

David Wroblewski, aux Éditions JC Lattès, 595 pages, 29,95 $

5. Seul dans le noir

Depuis son accident voiture, August Brill vit dans le Vermont avec sa fille Miriam et sa petite-fille Katya, qui ont l’une comme l’autre le cœur en miettes. La première à cause d’un divorce, la seconde en raison d’un ex-petit ami qui est parti «se faire tuer» en Irak. Le moral d’August n’étant guère plus solide, il souffre d’insomnies presque toutes les nuits. Et, pour se distraire, il se raconte des histoires extraordinaires qu’il invente au fur et à mesure. Celle qu’il a entamée la veille, par exemple, met en scène un magicien new-yorkais qui va se réveiller dans un trou, habillé en soldat. Le pays est en pleine guerre civile depuis quatre ans – il y a déjà 13 millions de morts –, et chaque homme qui y participe s’est un matin réveillé dans ce trou. Mais, contrairement aux autres, Owen Brick (c’est le nom du magicien!) est chargé d’une mission très spéciale: mettre fin à la guerre en assassinant le gars qui est en train d’imaginer la suite de leurs aventures!

Si Paul Auster nous a un peu déçue avec son précédent livre, on peut dire qu’il vient de se rattraper, et haut la main! Seul dans le noir est tout simplement sublime et, puisque l’imagination de l’auteur ne connaît pas de limites, il nous entraîne rapidement bien au-delà du réel. Tout ce qu’on peut reprocher à ce roman, c’est de n’être pas assez long!

Paul Auster, Coédition Actes Sud/Leméac, 192 pages, 25,95 $

6.Le club des policiers yiddish

Dans les faits, la petite ville de Sitka, en Alaska, compte moins de 9000 habitants. Toutefois, dans ce huitième roman de Michael Chabon, elle sert de terre d’accueil à deux millions de Juifs, l’État d’Israël n’ayant pas été créé tel que prévu en 1948. Tout le monde y parle donc yiddish, et un court glossaire glissé à la fin du livre nous aide à mieux comprendre le sens de certains termes. Ceci dit, qu’on soit yid ou goy, nul besoin d’interprète pour saisir l’essentiel: une fois de plus, l’auteur s’est surpassé. Pourtant, dieu sait qu’après Les mystères de Pittsburgh, Des garçons épatants et Les extraordinaires aventures de Kavalier & Clay, la tâche n’était guère facile.

Voici pour le contexte. Passons maintenant à l’histoire, plus éclatée qu’une bulle de champagne et plus farfelue qu’un conte pour enfants. Meyer Landsman, officiellement inspecteur et officieusement alcoolo, se voit dans l’obligation d’enquêter sur la mort suspecte de Mendel Shpilman. En effet, le corps de ce dernier ayant été retrouvé dans un hôtel crade avec une balle dans la tête, il ne fait aucun doute qu’un meurtrier en cavale se cache quelque part. Cependant, une question se pose: qui a bien pu avoir l’audace de descendre le fils junkie d’un puissant rabbin qui était pourtant promis au rang de messie? Pour le savoir, tout en se payant une tranche de bon temps, il n’y a pas 36 moyens. Eh oui, vous avez deviné ce qu’il faut faire!

Michael Chabon, aux Éditions Robert Laffont, 482 pages, 34,95 $

7. La double vie d’Irina

Il y a trois ans, l’Américaine Lionel Shriver nous a littéralement renversés avec Il faut qu’on parle de Kevin, un roman récompensé par l’Orange Prize dans lequel une mère essaie de comprendre pourquoi son fils s’est livré à un sanglant massacre entre les murs de son école.

Même s’il n’y a ni arme à feu ni meurtre dans La double vie d’Irina, curieusement, l’intrigue nous chamboule presque tout autant. Illustratrice de livres pour enfants, Irina, 42 ans, vit avec Lawrence depuis 9 ans. Ils s’aiment profondément et apprécient plus que tout leur quotidien routinier, jusqu’à un certain soir de juillet... Retenu en Bosnie à cause d’un congrès, Lawrence ne peut en effet être présent à l’anniversaire de son ami Ramsey Acton, un célèbre et séduisant joueur de snooker divorcé depuis 18 mois. Irina se présentera donc seule dans le restaurant où la fête a lieu.

Évidemment, c’est là que les choses se corsent. Irina, qui s’attend à passer un moment ennuyant en compagnie d’un homme insignifiant, s’amuse follement et découvre à son grand dam qu’elle a atrocement envie d’embrasser Acton. Dès cet instant, le roman prend deux directions, car tout le destin d’Irina dépend de ce baiser: elle ne succombe pas à la tentation, ce qui lui permet de conserver sa vie paisible; elle y succombe, et adieu les soirées tranquilles devant la télé!

Dans les deux cas de figure, l’histoire est poignante jusqu’à la fin. Et elle est surtout très dérangeante puisque, quoi qu’Irina fasse, elle ne s’en tirera pas indemne.

Lionel Shriver, aux Éditions Belfond, 485 pages, 29,95 $

8. La forêt des Mânes

Jeanne Korowa, 35 ans, excelle dans son boulot de juge d’instruction. Mais dès qu’il est question de sa vie privée, tout bascule dans le chaos. Elle s’alimente à peine, carbure surtout aux antidépresseurs, vient d’être plaquée par un énième petit ami et est toujours hantée par la mort atroce de sa sœur. Lorsqu’un de ses collègues travaillant sur une sordide affaire de meurtres en série lui demande de le seconder à titre d’observatrice, elle ne se fait pas prier. Elle voit dans cette proposition l’occasion d’enfin mieux comprendre les crimes sanglants. Elle ne se doute pas que ceux qui l’attendent au détour tombent carrément dans le gore: en plus d’être égorgées et démembrées, les victimes ont tout bonnement servi de repas au tueur, comme si ce dernier était un descendant direct des hommes des cavernes.

Mue par une curiosité malsaine, Jeanne a cependant une longueur d’avance sur son ami juge et sur l’ensemble des enquêteurs. Ayant fait poser des micros dans le cabinet du psy recevant chaque semaine son ex, elle tombe sur une séance particulièrement inquiétante au cours de laquelle un père confie que son fils autiste, habité par le mal en personne, va encore bientôt frapper. Reste à savoir qui est ce fils. Afin de le découvrir, Jeanne va s’offrir un véritable aller simple pour l’enfer... en nous trimballant dans ses valises.

Jean-Christophe Grangé, aux Éditions Albin Michel, 500 pages, 34,95 $

9. Les invités

Branle-bas de combat au cinquième étage d’un chic appartement de la rue Las Cases. Sophie Du Vivier, dite Madamedu, s’apprête une fois de plus à accueillir entre les murs de sa somptueuse salle à manger le gratin de la société parisienne. Ses réceptions sont toujours très prisées pour la finesse des mets et des conversations et, si elle peut s’en vanter, c’est bien parce que rien n’est laissé au hasard: ni la sélection des invités, soigneusement triés sur le volet, ni la place que chacun prendra à table, ni le choix de la nappe. Perfectionniste à l’extrême, elle va jusqu’à calculer la distance entre les assiettes afin que ses convives puissent jouir d’assez d’espace pour manger à leur aise. Elle n’a donc en principe aucune raison de s’en faire, même si cette soirée est donnée en l’honneur d’un puissant industriel de Toronto susceptible de signer un contrat juteux avec son mari.

Mais si le repas s’était déroulé sans anicroche, il aurait certainement perdu toute sa saveur. Histoire d’y mettre du piquant, un invité se décommandera donc à la dernière minute, laissant la 14e chaise vacante. Comme il est hors de question de n’être que 13 autour de cette table faite sur mesure pour faciliter les échanges, aux grands maux les grands remèdes: on demandera à la bonne d’enlever son tablier et de se joindre à l’assemblée. Et c’est là qu’on commence réellement à se régaler, car il appert que la bonne en question, qui n’a pas la langue dans sa poche, est beaucoup plus éduquée que la plupart des convives de Madamedu.

Si ce n’était de la prose exceptionnelle de Pierre Assouline, ancien rédacteur en chef du magazine Lire, il faudrait reconnaître que le déroulement d'un souper mondain parisien est loin d’être un sujet particulièrement folichon. Mais raconté par lui, c’est un pur délice de lecture. En refermant le livre, on a même un goût de revenez-y.

Pierre Assouline, aux Éditions Gallimard, 210 pages, 29,95 $

10. Addition

Grace Vandenburg est vraiment un drôle de numéro. Sans travail depuis deux ans, cette ex-prof de 35 ans passe en effet tout son temps à calculer. Les poils de sa brosse à dents, les vêtements et la vaisselle qu’elle possède, les haricots qu’elle achète, les pas qui la mènent au supermarché, les marches d’escalier, les mouvements circulaires de ses doigts lorsqu’elle se lave la tête… tout y passe. Elle calcule même les graines de pavot qui se trouvent sur sa part de gâteau à l’orange, afin de déterminer le nombre de ses bouchées. Quand il y en a moins de 30, ce n’est pas trop difficile. Mais quand il y en a plus de 70, elle la mange pratiquement miette par miette!

À première vue, on pourrait croire que sa vie est un enfer. Pourtant, il n’en est rien. Enfermée dans une routine sécurisante où seuls les chiffres ont de l’importance, elle est relativement heureuse, même si tous ses fantasmes sont habités par Nikola Tesla, un des plus brillants ingénieurs… du début du XXe siècle. Bref, elle ne compte sur personne pour lui apporter le bonheur, du moins jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Seamus O’Reilly. Et là, une surprise de taille l’attend: la somme de un plus un peut varier selon les jours.

Toni Jordan, aux Éditions Alto, 376 pages, 26,95 $

 
 
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