Musique

La nouvelle Canadian Idol

Eva Avila racontée par ses parents

Par François Hamel / 7Jours 2006-09-29 06:47:10
© Julien Faugère © Julien Faugère

À 16 ans, Eva Avila a participé aux auditions de la première mouture de Canadian Idol. Mais, alors qu’elle était rendue à l’étape décisive, sa voix a craqué. La jeune fille était trop nerveuse. Aujourd’hui, à 19 ans, Eva est la nouvelle idol de tout un pays. Suzanne Gougeon, coordonnatrice administrative pour le gouvernement fédéral, est la maman du nouveau phénomène.

Madame Gougeon, avez-vous des souvenirs marquants d’Eva alors qu’elle était enfant?
D’abord, je l’ai élevée seule. Son père était très présent dans sa vie, mais je demeurais le parent principal. Mon souvenir vraiment marquant d’Eva, c’est qu’elle voulait toujours qu’on se couche ensemble les fins de semaine, et même pendant la semaine lorsqu’elle était petite. C’était pour faire la «jasette», comme elle disait. On a toujours été très proches, ce qui est assez exceptionnel pour une mère et sa fille. Je pense que peu de parents ont le plaisir de connaître leur enfant à fond, comme je connais Eva. Il n’y a pas grand-chose qu’elle ne me dit pas. De toute façon, elle sait que je ne l’aurais jamais jugée. Depuis qu’elle est toute petite, elle ne m’a jamais causé de souci. Aujourd’hui, les gens me disent: «Ah! vous devez être fière de votre fille, puisqu’elle participe à Canadian Idol.» Je suis ravie qu’elle ait cette possibilité, mais je suis surtout fière de la jeune femme qu’elle est.

Comment était-elle enfant?
Eva a toujours «déplacé» beaucoup d’air. Ses amis savent qu’elle est une fille pleine de vie et d’énergie. Depuis toujours, elle chante autant qu’elle respire.

Est-elle sportive?
Elle ne l’était pas lorsqu’elle était enfant. Mais, en vieillissant, elle s’est mise à s’entraîner. Elle pratique, entre autres, la natation et elle a toujours aimé le basketball. Pour elle, c’est une autre façon de dépenser de l’énergie. (rires). Aussi, j’ai toujours dit qu’Eva était un papillon. Si elle se retrouve au sein d’une foule, elle se promène d’une personne à l’autre pour parler à tout le monde. Magasiner avec elle peut prendre trois heures parce que tout le monde la connaît et qu’elle connaît tout le monde. Puis elle a un très grand cercle d’amis.

Dans quel contexte a-t-elle chanté pour la première fois en public?
Carlos, son père, est musicien et chanteur. À l’époque, il chantait à Ottawa. Il attirait des foules énormes: 500 personnes pouvaient venir l’écouter. Eva chantait à la maison avec lui; ils pratiquaient dans le petit studio que Carlos avait aménagé. Elle a appris à chanter le succès La lambada en portugais. C’était impressionnant. Un jour, alors qu’elle avait trois ans, Carlos l’a emmenée chanter au marché By. Eva a tenu le gros micro dans ses petites mains, elle s’est déhanchée, puis elle a fait les salutations d’usage. Les applaudissements ont duré cinq minutes. À cette époque, elle était déjà à l’aise devant une foule.

A-t-elle aussitôt commencé à suivre des cours de chant?
Non. Carlos l’a emmenée voir un professeur de chant alors qu’elle avait sept ou huit ans. Ce dernier lui a dit qu’Eva avait un talent naturel et qu’il ne souhaitait pas qu’elle suive des cours parce que ses cordes vocales n’étaient pas encore mûres. Cependant, elle a continué à donner des spectacles. Ce qui nous surprenait, c’est que non seulement elle chantait bien, mais elle savait comment maîtriser sa voix. Puis elle a participé à des concours régionaux, qu’elle a presque tous gagnés. (De plus, en 2004, elle a remporté le concours Jeune Diva du Québec. Par la suite, elle a assuré la première partie des shows de Roch Voisine et de Claude Dubois au Festival de montgolfières de Gatineau.)

À quel âge a-t-elle souhaité faire carrière dans la chanson?
Enfant, je me rappelle qu’elle me disait: «Maman, quand je serai chanteuse internationale, tu viendras habiter avec moi dans ma grosse maison.» Ou encore: «Je vais être riche et je donnerai de l’argent à tous les sans-abri que je rencontrerai.» C’est le genre de déclarations qui illustrent très bien sa personnalité.

Vous me décrivez Eva comme la fille idéale, celle dont tous les parents rêvent. A-t-elle eu une crise d’adolescence?
Non; je n’ai jamais eu de problème ou d’inquiétude à cause d’elle. Ses amis étaient toujours à la maison. Moi-même, je faisais partie de la gang. De plus, Eva n’a jamais eu besoin de plaisirs artificiels, parce qu’elle était déjà animée par une grande passion: chanter.

Quel âge avait-elle lorsque vous vous êtes séparée de son père?
Trois ans. Mais lui et moi avons toujours été en excellents termes. Je suis aussi très amie avec la conjointe de Carlos et leur petit garçon, que je considère comme mon neveu. Pour l’amour d’Eva, son père et moi avons toujours maintenu de très bons liens, ce qui, je crois, a fait une grande différence sur le plan de sa stabilité émotive. La séparation a été difficile pour elle au début, mais il n’y a jamais eu d’amertume ni de chicanes pénibles.

Eva était-elle bonne à l’école?
En français, elle a toujours été une première de classe. En deuxième année, elle a obtenu le titre de Jeune auteur pour un texte qu’elle avait composé. Elle écrivait et lisait à l’âge de quatre ans et demi. Lorsqu’elle était à la maternelle, elle est même allée faire la lecture aux classes de première année. Elle est forte dans tout ce qui touche les langues et le chant. Elle a appris l’anglais dans un temps record. Ma mère est anglophone, donc Eva a été en contact avec cette langue dès son enfance. L’espagnol? Son père lui parlait beaucoup, et elle a suivi des cours au secondaire. Puis elle est allée pour la première fois au Pérou l’été dernier. À son retour, elle parlait cette langue couramment.

À la maison, est-elle rangée ou traîneuse?
Traîneuse! Ma mère m’a toujours dit qu’il fallait choisir les batailles qu’on entreprend pour nos enfants; moi, je ferme la porte de sa chambre. Je crois que, avec la fille que j’ai, c’est le moindre de mes soucis. (rires)


«Eva réalise le rêve que j’ai toujours eu» — Carlos, son père

Carlos Avila a transmis à sa fille sa grande passion pour le chant et la musique. En fait, la jeune femme réalise le rêve de son père.

Carlos Avila est né à Arequipa, la deuxième ville en importance du Pérou. Il est arrivé au Canada à l’âge de 19 ans et il a retrouvé deux de ses frères qui avaient eu, eux aussi, l’envie d’une vie meilleure. Laissons-le nous raconter son histoire: «Je suis comme Eva. J’ai commencé à chanter à l’âge de quatre ou cinq ans. À 13 ans, j’ai participé à un concours national et je suis arrivé deuxième. J’ai aussi pris part pendant quelques années à El mundo de los ninos, une émission qui était diffusée localement tous les dimanches.»

Aujourd’hui, Carlos Avila est concierge dans une école primaire d’Ottawa. Mais, le soir, il se replonge dans sa passion, au grand plaisir des clients d’un restaurant. «Eva, c’est mon sang et, parce que je suis musicien et chanteur, je sais reconnaître le talent, dit-il. Au fil des ans, je lui ai montré comment utiliser sa voix, comment respirer, comment réussir un vibrato... Chaque fois qu’elle montait dans ma voiture, on faisait des harmonies. Elle est en train de réaliser le rêve que j’ai toujours eu. Je n’ai pas eu la chance que les jeunes ont aujourd’hui, celle que procure, par exemple, une émission comme Canadian Idol

Le 7 septembre dernier, Eva a soupé seule avec ses parents. «On n’avait pas pu le faire depuis longtemps, se rappelle Carlos. On était seuls, tous les trois. Sa mère et moi, on a retrouvé notre petite fille. Elle m’a confié qu’elle se sentait hyper confiante pour la grande finale. Elle a dit: “I am going to kill.”»

 
 
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