En chanson
Gregory Charles
Par Steve Martin / 7Jours 2008-05-23 16:33:10
© Frédéric Auclair
Depuis qu’il a créé le Mondial Choral, il y a quatre ans, Gregory Charles a pour objectif de réunir une poignée de gens autour d’une passion commune, le chant collectif. Mission accomplie! Aujourd’hui, des dizaines de milliers de personnes se déplacent des quatre coins de la planète pour venir chanter avec lui.
Qu’est-ce qui t’allume dans la chorale et dans le chant collectif?
C’est le «collectif» du chant collectif. Mes plus beaux souvenirs de jeunesse sont liés aux étés que je passais à faire de la musique de chambre, comme instrumentiste, mais surtout de tous les moments que j’ai passés
à chanter avec d’autres personnes. Je faisais partie d’un quartet de jazz vocal quand j’étais étudiant, et on se retrouvait tous les midis dans les toilettes de notre école secondaire pour chanter. C’était vraiment de beaux
moments.
Ici, on associe le chant choral
à la religion et à la spiritualité...
Si les chorales existent dans le monde
occidental, c’est grâce aux églises. Pensons
à la musique en Grande-Bretagne, par exemple, où d’extraordinaires chœurs d’enfants chantent dans des églises presbytériennes, anglicanes ou épiscopales. Bien que les catholiques n’aient pas d’intérêt marqué pour la musique chorale, il s’en est tout de même fait beaucoup ici pendant des années. Mais quand l’Église a mangé une «morniffe», quelque part à la fin des années 60, le chant choral en a pris pour son rhume. Toutefois,
il y a actuellement des chœurs au Québec
qui font du répertoire de Broadway, de la musique pop. Il y a des ateliers d’art lyrique dans presque toutes les villes du Québec, comme Trois-Rivières, Rouyn-Noranda, Saguenay, Laval... Il y a des entreprises et des écoles qui ont des chorales. Et maintenant, on peut entendre du chant choral dans tous les films. Il y a toujours du chant collectif sous une forme quelconque, que ce soit dans Le seigneur des anneaux ou dans La mélodie du bonheur.
Quand tu voyages en Chine ou
en Afrique, l’approche doit être
différente.
C’est sûr qu’en Chine la religion est moins présente. Le chant y est plutôt folklorique
et très contemporain. Natalie Choquette
disait: «Un peuple qui chante, c’est un peuple en santé.» En Afrique du Sud, on s’est débarrassé de l’apartheid en grande partie grâce au chant choral. Même chose pour la
Révolution française. Plutôt que de siffler
La Marseillaise, ils la chantaient en groupe. Toute réunion collective, que le contexte
soit sportif, politique, syndical, funéraire ou
nuptial, est accompagnée de chant choral.
Est-ce ton père qui t’a amené passer
une audition pour le chœur des Petits Chanteurs du Mont-Royal?
En fait, j’ai été recruté. Les responsables
du recrutement pour les Petits Chanteurs sont venus dans mon école, située dans le quartier Ahuntsic, à Montréal, afin de sélectionner les petits garçons qui réussissaient
le mieux et qui pourraient faire partie
d’un programme académique spécialisé
en musique. Je chantais déjà dans la chorale
de cette école ainsi que dans la chorale
de l’église; c’est donc comme ça que ça
s’est produit.
Dans ta famille, la musique était
omniprésente.
Ma mère est une vraie musicienne. Mon père, même s’il n’a pas reçu de formation
traditionnelle, est un musicien, comme
tous mes oncles.
Quel est le bénéfice, pour un enfant,
de faire partie d’une chorale?
Le chant choral est un art citoyen, mais
davantage lorsqu’il est enseigné dans une école. Car les jeunes finissent par ressembler à l’art qui les réunit. Donc, ça leur enseigne
la beauté, la générosité, la compassion, le courage. Plusieurs valeurs sont véhiculées par cet art qui donne une ouverture sur le monde et sur le temps. Lorsque les jeunes chantent des chansons du XIIIe, du XVe ou du XVIIIe siècle, ils s’intéressent par conséquent à ces époques. C’est incontournable. Si j’avais des enfants, c’est sûr que je souhaiterais ardemment, sans toutefois les y forcer, qu’ils vivent l’expérience de chanter dans une chorale.





