Musique

Heureuse et légère

Ariane Moffatt

Par Richard Legault / 7Jours 2008-05-16 16:10:13
© John Londono

Sur son troisième album, Tous les sens, Ariane Moffatt se laisse aller, complètement. Conversation «dans tous les sens» avec la brillante auteure- compositrice- interprète de 29 ans.


Ariane, dans ton nouvel album, tu passes du moderne au rétro. Pourquoi?
Je me suis laissée aller sans vraiment calculer. C’est certain que l’album devait être le plus homogène possible, mais je devais aussi conserver cette espèce d’éclectisme-là que je ne peux m’empêcher d’avoir. J’aime tant de styles musicaux que j’essaie de faire quelque chose de neuf en m’inspirant de plusieurs genres. La fille de l’iceberg représente un peu la direction de l’album, avec son côté électro, mais c’est vrai qu’elle contraste avec Briser un cœur, qui est davantage «Charlie Chaplin»! C’est comme si chacune de mes chansons était un personnage en soi, avec une identité propre.


Ton nouveau disque est-il moins sombre que le précédent?
Carrément. Moins centré sur une exploration de moi-même. Il y a encore ce souci de profondeur, mais en «chillant» un peu plus! (rires) Je voulais un album qu’on peut écouter pendant un souper où on finit par ouvrir une bouteille de vin qu’on n’avait pas prévue au menu! Un disque chaleureux, convivial, avec une petite dose de «party».


De quoi t’es-tu inspirée?
Le but, c’était vraiment de ne pas tomber dans le côté sombre des choses. Si je parle d’amour, par exemple, comme dans Briser un cœur, eh bien, le cœur, on le ramasse! Je ne voulais pas non plus toujours parler d’amour, et c’est pour cette raison qu’il y a des pièces comme Je veux tout, un exercice d’autodérision qui se penche sur le comportement de «bébé lala» de notre société jamais contente et impatiente, ce qui correspond aussi un peu à ma personnalité. Je trouvais drôle de rire de moi sur mon propre disque! (rires)


Tu parles aussi de solitude.
La chanson Réverbère dit de ne plus prendre la solitude comme quelque chose de triste et d’aller au bout de son chemin. Jeudi, 17 mai a été composée dans le but de marquer une pause dans le temps, de s’attarder sur une seule journée afin de stopper le lavage de cerveau que les nouvelles futiles nous font subir chaque jour.


Il y a aussi Hiver Mile-End, qui est un hommage à ton nouveau quartier montréalais d’adoption.
Les artistes ont tendance à errer beaucoup dans les rues de la ville; ils s’attachent ainsi à des lieux, à des quartiers. Pour moi, le Mile-End, dans l’arrondissement du Plateau-Mont-Royal, est relié à la création. Et un quartier peut être très présent dans une relation amoureuse, ne serait-ce qu’en tant que décor, tout simplement.


Tu as beaucoup voyagé. Dirais-tu que Montréal est la plus belle ville?
The best of the best of the best! (rires) Je ne troquerais cette ville-là contre aucune autre. J’aime bien New York, et je me dis parfois que rester là serait agréable, mais je finirais par me lasser, parce qu’il existe un équilibre parfait à Montréal. La ville n’est ni trop grosse ni trop petite, elle est multiculturelle et encourage la création. On y ressent également une grande liberté sur le plan politique. Malgré certaines insatisfactions, il est difficile d’imaginer une plus belle qualité de vie que celle qu’on trouve au Québec.


Les photos du livret de ton album te montrent plus féminine.
Quelques photos ont été réalisées à l’hôtel St-Paul de Montréal, mais toutes les autres ont été prises à Brooklyn, en trois jours. On visait un esthétisme sixties, à la Jean Seberg dans le film À bout de souffle, de Godard. Un look à la garçonne, avec une féminité assumée et un côté glamour. J’ai joué le jeu!


Que vas-tu faire de ton été?
J’ai l’intention de partir en juillet, seule et sac au dos, en Afrique. J’irai au Mali... Je ne sais pas trop encore... J’aime voyager entre mes projets, histoire de me recentrer et de me déstabiliser en même temps. Mais aurai-je vraiment le guts d’aller en Afrique? Je te dirai ça à l’automne! (rires)


Côté carrière, caresses-tu un grand rêve?
Je ne dirais pas non à un album en anglais. Je n’ai pas grandi dans la chanson française; mes influences sont plutôt anglosaxonnes. Ce serait donc le top du top! (rires)


 
 
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