Jean Leloup lance Mille excuses Milady
«Je n’ai jamais eu autant de fun»
Yan Lauzon / 7Jours 2009-04-25 05:00:37
C’est un Jean Leloup heureux et positif qui s’apprête à présenter au public québécois son nouvel album intitulé Mille excuses Milady. Très lucide, il est bien conscient qu’une fois de plus les attentes sont élevées du côté des fans et des critiques. «Oui, et ça me rend nerveux. Ils ont des attentes et aussi beaucoup de commentaires, comme si j’étais leur petit neveu. Ils me disent: “Qu’est-ce que tu vas nous faire encore?” Il y a aussi beaucoup de gens plus vieux qui ont eu des enfants, qui ont une vie plus rangée et qui ont hâte de dire que Jean Leloup s’est assagi. Lâchez-moi avec ça. Mais il faut faire attention de ne pas blesser les gens.»
Malgré cela, après 25 ans de carrière, il reste intègre, faisant d’abord et avant tout de la musique pour lui. «Il y a des gens qui me disent qu’ils aiment mieux tel ou tel style, mais moi je fais ce qui me tente. Avant cet album-là, je n’avais jamais vraiment eu une guitare à mon goût. J’achetais des guitares de série, comme des Gibson, mais là, j’ai trouvé une guitare qu’un gars d’ici fait. Elle est écœurante. Je n’ai jamais eu autant de fun à jouer. Ça m’a permis de comprendre que, depuis que je suis jeune, je veux une guitare pour tripper. Une guitare bien faite, ça résonne bien, alors je me suis mis à composer plein de tounes avec cette guitare-là depuis un an et demi.»
Quand la chance frappe à notre porte
On dit souvent que tout vient à point à qui sait attendre. Eh bien, la patience de Jean Leloup a porté fruit plus d’une fois pour l’album Mille excuses Milady car, en plus d’avoir trouvé une nouvelle guitare, l’inspiration pour une partie de ses 17 nouvelles compositions lui est venue aisément. «J’ai été chanceux. Il y a une chanson, Morning (interprétée en anglais), ça faisait 20 ans que j’essayais de la compléter, et je n’y arrivais pas. Là, c’est fait. On dirait que tout est en train de tomber en place ces temps-ci. Et j’ai énormément de plaisir. Laisse-moi, ça faisait 15 ans que je l’avais écrite, mais je ne trouvais pas la musique parfaite. Le grand héron, ça faisait 5 ans. Les Anges aussi, ça faisait 5 ans, mais je n’avais pas pensé à la voix de fille qui engueule son chum.»
C’est dans la simplicité que le chanteur a trouvé le meilleur moyen de continuer à avoir du plaisir à jouer. «Avant, je me forçais pour faire de la musique plus compliquée dans le but de plaire au monde. Je me suis toujours forcé pour avoir des arrangements, des DJ… Mais là, j’ai fait mes chansons à la guitare et j’ai demandé à deux gars (qui jouent avec Steve Hill) de venir rocker ça. Et puis, il y a une fille dans mon quartier qui chante et qui joue de la musique. Elle a une bonne voix, mais elle n’avait jamais fait ça. C’est encore de la chance. Le hasard a fait que toutes les choses sont bien tombées. J’ai eu mon album et, pour moi, c’est mon meilleur. C’est celui qui représente le plus qui je suis.»
Les moments parfaits ne reviennent jamais
Certes, Jean Leloup avait envie de rocker. Mais il sait aussi se faire touchant. Dans la pièce Les moments parfaits, par exemple, il est très réaliste tout en étant très dur face à la vie en mentionnant que la perfection ne revient jamais. «C’est terrible, je sais. J’ai écouté beaucoup de Nina Simone et, à un moment donné, j’ai vécu un moment parfait. C’était de la belle amitié. Un moment où je ne voulais être nulle part ailleurs sur la terre. Le lendemain, je me disais que ça ne reviendrait pas souvent. Mais, les chansons, c’est toujours dramatique. Je trouve que c’est ma meilleure chanson.»
Mais n’allez pas croire que, parce que son plus récent disque alterne entre la désillusion et l’espoir, le chanteur est malheureux. Bien au contraire. «Je suis désillusionné par la vie de village de mémères sales. Je ne me fais plus d’illusions. Je vois bien que les rapports humains sont cheap, méchants et mesquins. Par contre, je suis plein d’espoir parce que j’ai compris comment je voulais vivre et j’ai vraiment du fun. Il y a beaucoup de gens qui sont prêts à vivre pour les choses qui sont fondamentales. Et ça me fait plaisir.»
Une de ces valeurs fondamentales, c’est encore et toujours la musique. Visiblement passionné par son art, l’artiste a les yeux pétillants quand il parle de sa guitare. Avec les gestes qu’il fait, on a même l’impression qu’il la tient dans ses bras. «J’aime avoir ma guitare acoustique sur moi. Je la sens quand elle résonne. Les électriques, c’est différent; elles vont plus dans le cerveau alors que les acoustiques vont plus dans la poitrine. Plus tu joues, plus tu te sens bien.»
Son instrument l’accompagne d’ailleurs presque tout le temps et le rassure lorsque l’ennui se pointe le nez. «Quand je m’ennuie le soir chez moi, je sors sur le balcon et je joue de la guitare pendant 30 minutes ou une heure. J’écœure mes voisins, et là, j’ai un riff qui me fait du bien. Des fois, il y a une chanson qui me tombe dessus; mais je ne sais pas comment elle est venue. Une chanson pas poche, ça arrive une fois par mois; des chansons poches, j’en ai tous les jours.»
Jean Leloup continue donc de laisser son empreinte sur le paysage musical québécois. Et il le fait avec toute la verve qu’on lui connaît, comme dans la pièce Old Lady Wolf. «C’est un règlement de comptes en québécois. Désolé de ne pas avoir été à la hauteur de tes attentes, “matante”. Je trouve que la population s’en vient de plus en plus “matante”. Et les gens ont toujours raison. Mais il faut faire attention dans la vie parce que je ne veux pas insulter personne.»
Leloup et Leclerc: du pareil au même
L’artiste signe avec Mille excuses Milady un septième album studio, mais un premier sous le nom de Jean Leloup depuis La vallée de réputations. Cependant, cela n’a rien à voir avec un caprice ou une démarche artistique. «Sérieusement, j’ai complètement oublié que Jean Leloup était mort. Quand j’ai dit que je voulais mourir, que je ne voulais plus qu’il existe, c’est parce que j’étais tanné. Dès que j’ai arrêté, je me suis mis à composer plein de chansons seulement parce que je n’étais plus obligé de le faire.»
Heureusement pour lui qu’il a pris cette décision, car il a bénéficié d’une période faste où les idées se succédaient à un rythme effréné. «J’ai fait deux films, dont un que je n’ai pas réussi à finir, j’ai écrit un livre, j’ai créé un disque. J’ai fait plein de choses et je me suis mis à écrire sans arrêt. J’ai alors décidé de sortir Mexico, et on m’a demandé quel nom j’allais mettre dessus… je ne me rappelais pas de ce que j’avais dit à propos de Jean Leloup. J’ai donc mis Jean Leclerc. Mais que ça s’appelle Leclerc ou Leloup, je m’en fous. Par contre, les gens continuent à m’appeler Jean Leloup.»
L’important pour l’artiste, c’est plutôt de parcourir le monde. «J’aime beaucoup voyager, et le hasard fait que je tombe toujours sur des gens qui me racontent leur vie. Et parce que je me promène avec ma guitare tout seul le soir, ça donne toutes sortes de chansons.»
Et le résultat, c’est Mille excuses Milady, un disque en vente dès ce mardi, 28 avril.





