FrancoFolies de Montréal
Pierre Lapointe en toute simplicité
Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-07-25 12:01:29
Pierre Lapointe © Frédéric Auclair
Après un concert dans La forêt des mal-aimés avec l’Orchestre Métropolitain du Grand Montréal et Mutantès, qui a d’ailleurs servi de canevas à son troisième opus, Sentiments humains, Pierre Lapointe se fait plus discret en cette nouvelle édition des FrancoFolies de Montréal. Le 2 août prochain, il présentera le spectacle de sa tournée.
Sentiments humains est un album teinté de violence et d’agressivité, mais la musique est très lumineuse et apporte une tout autre dimension…
Le thème de l’agressivité est très présent sur l'album parce que je ne l’avais pas vraiment exploré auparavant. J’avais l’impression que je pouvais aller dans cette direction, que j’avais cette énergie-là, mais il m'a fallu une adaptation avant de le faire. Je voulais voir jusqu’où je pouvais aller, comment je pouvais aborder l’énergie rock en douceur sans que ça ait l’air forcé. Je l'ai l’essayé sur scène petit à petit. Après, ça s’est imbriqué dans ma façon d’écrire.
En fait, j’essaie toujours de faire une mélancolie lumineuse, parce que pour moi, la mélancolie et l’agressivité sont très réparatrices. C’est nuancé. Ce n’est pas juste triste ou fâché. Il y a quelque chose de beaucoup plus profond à amener à différents niveaux. Selon ce que la personne a vécu ou selon son bagage émotif, elle va l’interpréter différemment en se l’appropriant.
C’est un signe de respect pour le public que de faire ce genre de trucs. Je lui dis qu’il est intelligent, qu’il peut comprendre n’importe quoi. Je lui donne cette liberté, le devoir de s’approprier les chansons que je lui suggère.
L’album est-il pour toi un exutoire?
Les chansons sont de petites pièces de théâtre. Je pars d’une idée ou d’une émotion et je l’amplifie pour l’amener plus loin, la théâtraliser parce que pour moi, une chanson, ce n’est pas la vraie vie. Ce n’est pas intéressant d’écrire de façon trop terre à terre. Donc, c’est une forme d’exutoire de le vivre comme ça sur scène et de l’avoir vécu en studio. Ce que je fais, je le fais toujours dans le but d’extérioriser quelque chose, mais je pense que c’est surtout très intéressant d’un point de vue théâtral.
Tu es encore beaucoup inspiré par la chanson française mais, dans tes chansons, on sent des influences seventies à la David Bowie. Y a-t-il d’autres avenues musicales que tu aimerais explorer?
Avec le temps, je pense que des choses vont se modeler sans que je m’en rende compte. Je veux y aller étape par étape. J’en suis encore à essayer plein de trucs pour ensuite arriver à toucher à quelque chose qui va ressembler à de la musique d’avant-garde, qu’on n'aura jamais vu ni entendu nulle part. Ce sera peut-être dans 10 ans, quand j’aurai bien «compris» mon instrument.
Ce que j’essaie en ce moment et ce vers quoi je me dirige, ce sont des trucs plus près des arts visuels et des arts de la scène que de la chanson. Ça demande toute une recherche qui n’est pas directement liée à la musique.
Ton évolution musicale passe donc beaucoup par une démarche exploratoire.
Oui. Ça nécessite de la recherche, beaucoup d’introspection, de questionnements sur la façon dont je fonctionne et dont je pense. Si je retourne à l’essence de ce que je suis en tant qu’être humain, je risque de toucher l’essence des autres êtres humains autour de moi et de toujours employer un langage universel. La musique permet de toucher les gens avec des mots, des ambiances et du non-dit qui est très fort.
Quelle est ta démarche littéraire versus ta démarche musicale?
Ce qui est étrange, c’est que je ne lis pas! Ça faisait longtemps que je jouais de la musique, mais ça m’a pris du temps à écrire. Je trouvais ça extrêmement prétentieux de mettre des mots sur la musique. J’étais très mal à l’aise à l’idée de pondre des textes. Ça s’est fait petit à petit.
Je pense que mes plus grandes influences littéraires sont des artistes de la chanson comme Barbara, Gainsbourg, Robert Charlebois, et des auteurs de théâtre, dont Réjean Ducharme, Ionesco, Jean Cocteau. Je m'inspire aussi énormément des arts visuels, de lignes et de discours que certains designers ont eus. Ma démarche littéraire se situe quelque part là-dedans. C’est proche du théâtre parce que c’est souvent très rythmé. Dès que j’ai une image forte, tout se place dans ma tête, et la rythmique se fait à partir de la musique.
Quel type de prestation donneras-tu aux FrancoFolies?
C’est la première fois qu’on fait un show de tournée aux FrancoFolies. C’est devenu historique d’y faire des projets normaux. (rires) Il va peut-être y avoir de petites surprises, surtout que la première partie du spectacle est assurée par Albin de la Simone, un des mes bons amis. Avant même que je le connaisse, son premier album a été un de mes coups de cœur. C’est un musicien-pianiste hors pair qui a participé aux tournées d’Alain Souchon, de Vanessa Paradis et de M. Sa dernière tournée accompagnateur, c’était avec Iggy Pop.
Duos de rêve
Si tu devais réaliser un duo avec une voix…
… féminine «vivante»?
Il y en a plusieurs. Au Québec, ce serait Diane Dufresne. Il y a aussi Björk et Madonna.
… féminine «décédée»?
Barbara parce que je n’ai jamais chanté avec elle et j’en suis très triste.
… masculine «vivante»?
Rufus Wainwright et M.
…masculine «décédée»?
Cocteau, même s’il ne chantait pas, et Bashung.
Pierre Lapointe donnera un spectacle le 2 août à 21 h au Metropolis dans le cadre des FrancoFolies de Montréal.





