Musique

Lancement de Fan

Retour dans le temps avec Dan Bigras

Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-09-18 22:41:57
© Collaboration © Collaboration

Entre quelques dates de tournées avec ses blondes, Dan Bigras assouvit un autre de ses fantasmes alors qu’il s’apprête à lancer son nouvel album, Fan. Inspiré par les pièces qu’il chantait de bar en bar avant que ne le découvre Gerry Boulet au début des années ‘80, l’auteur-compositeur-interprète présente ses douze coups de cœur parmi quelques chefs- d’œuvres, de Ray Charles à Leonard Cohen, en passant par Billy Paul et ZZ Top.

À l’écoute de Fan, on sent que l’enregistrement a été une réelle partie de plaisir pour vous!
Certainement. Je suis fatigué, mais parce que j’ai eu beaucoup de fun, un peu comme un enfant qui s’est tiraillé pendant quatre heures dans un carré de sable.

Comment vous est venu le concept?
Je n’avais pas prévu de faire un album. Je m’étais promis un été smooth. Je fais partie des quelques artistes québécois qui ont la chance de se produire eux-mêmes et qui ont un studio à la maison. Ça, c’est l’équivalent d’un gambler compulsif qui se fait construire un casino dans son salon. C’est certain que tu es là-dessus! (rires)

J’ai commencé à travailler sur des pièces pour m’amuser. Je me suis mis à tellement triper que je n’étais plus capable de m’arrêter. Je me suis même acheté une table de pool dans mon studio. Sans m’en rendre compte, ça me reconnectait avec tout mon univers d’avant, dans les bars.

Considérez-vous cet album comme un retour aux sources?
Ça fait environ 18 ans que je fais mes chansons sur disque mais avant ça, je jouais ces chansons dans les bars. C’était ça ma job, et je pensais que ce le serait toute ma vie. Je faisais 50 piasses par soir. Un album comme ça, je n’aurais jamais pu le produire.

C’est le disque que j’avais toujours rêvé de faire dans ce temps-là, mais ça ne me replonge pas dans cet univers parce que j’y étais seul. Maintenant, avec un big band, c’est comme réaliser un fantasme. C’est sûr qu’il doit y avoir des parties de mon cœur qui se promènent entre ces deux mondes.

J’étais tellement fatigué des bars. C’est extraordinaire pour apprendre ton métier et le contact avec ton public mais à un certain moment, la coke est devenue à la mode. Les gens sur la coke parlaient beaucoup et écoutaient peu. C’était de plus en plus dur. Quand j’ai commencé à faire mes propres chansons, je jouais dans des salles où les gens m’écoutaient. Avec l’album, je viens de faire la jonction de toutes mes vies en même temps, et c’est ce qui est agréable pour moi.

Quel était le principal défi en reprenant ces pièces?
Tu travailles avec des chefs-d’œuvre. Ne leur fais pas honte! Ça, c’était bien important. Le défi était de choisir entre des chefs-d’œuvre. Qui suis-je pour oser dire que telle chanson est meilleure qu’une autre? J’ai travaillé sur une quarantaine de pièces, mais je n’en ai pas choisi une au détriment d’une autre. J’avais parfois moins d’idées pour une pièce et je la mettais de côté, l’oubliais même. C’est une sélection naturelle entre mes idées qui s’est donc faite.

Outre beaucoup de plaisir, que vous a apporté la création de cet album?
Quand je travaille sur mes chansons, je suis un gros douteux. Ce n’est pas une torture, le doute. Ça fait partie du processus de création, et je vis très bien avec ça. Mais là, je n’en avais aucun en travaillant sur les meilleures chansons de la planète. Je n’avais pas cette pression-là. Les angoisses quant à la réception, ça, bien sûr que je les ai. Est-ce que j’ai eu un plaisir égoïste qui va intéresser deux ou trois personnes? Oui, j’ai toujours ce doute-là, mais je ne doute pas de la qualité des chansons.

Le Show du Refuge

Encore cette année, vous récidivez avec le Show du Refuge, qui aura lieu le 7 octobre prochain. La situation des sans-abris s’est-elle améliorée?
C’est pire. En plus, il y a une politique de la ville qui vise à les persécuter en leur donnant des contraventions. Sachant qu’il leur est impossible de payer, on les fout en prison et on pense les avoir sortis de la rue. Mais libérés de prison, ils vont retourner au même endroit. La seule façon de sortir de la rue quelqu’un qui est dans une situation de détresse importante, c’est de l’aider.

Ce qui s’est amélioré en général, c’est le regard des gens sur les jeunes de la rue. C’est difficile de regarder ces jeunes en grande souffrance parce que ce n’est pas cute. Ma job, c’est d’essayer de les faire voir le plus possible, soit par des films, soit en prenant la parole sur ce qu’il nous est possible de faire.

Êtes-vous néanmoins optimiste?
Toujours! Je ne chiale pas quand ça ne donne rien. Je pense que ça peut changer et je le constate souvent. Des jeunes de rue qui deviennent des vieux de rue, il y en a très peu. Généralement, ils sont aux prises avec de graves problèmes psychiatriques.

Tendres duos

Vous partirez cet automne en tournée pour Duos de la tendresse. Qu’est-ce qui vous plaît tant à l’idée de toujours vous entourer de femmes?
Je suis un chanteur rock! (rires) J’ai une blonde à chaque soir. C’est correct en musique. Il y a quelque chose dans les voix des femmes qui me remue profondément. Je pensais à Jean-Pierre Ferland qui disait : «J’ai tout fait pour les femmes.» Bien moi, j’ai tout fait avec les femmes! C’est plus plaisant. Il y a quelque chose dans mon cœur qui se colle bien à ça.

Il y a des voix féminines dans tout ce que je fais. Quand j’ai fait mon espèce de burn-out musical, je n’avais plus envie de jouer, mais je me suis pris à mon propre jeu. Je pensais que c’était fini. J’ai annoncé ma retraite, je me suis tassé, mais j’avais encore des shows planifiés avec Laurence Jalbert. Toute la journée avant le spectacle, je me disais que je n’avais pas envie de jouer. Puis Laurence embarquait, faisait quatre notes et là, j’étais heureux. Je me remettais à chanter.

Fan de Dan Bigras sera disponible sur les tablettes le 21 septembre prochain. Pour toutes les dates de spectacle, visitez le www.danbigras.com.

 
 
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