Musique

Andrea Lindsay

Passionnée... en français!

Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-10-03 07:00:22
Andrea Lindsay © Meredith Lindsay
Andrea Lindsay © Meredith Lindsay

Andrea Lindsay s’apprête à lancer son deuxième album solo, Les sentinelles dorment. De sa voix délicate et teintée d’un délicieux accent anglais, l’auteure-compositrice-interprète francophile propose des mélodies accrocheuses nous replongeant en plein cœur d’une époque française pourtant pas si lointaine. 7jours.ca l’a attrapée avant qu’elle ne quitte pour quelques jours de tournée du côté de l’Ouest canadien.

Que représente ce deuxième album?
Beaucoup! Je suis fière de mon premier album. Je trouve que ça me représente mais, sans le dénigrer, parce qu’il reflète bien ma vie et ma démarche à cette époque, c’était plutôt une carte de visite. Je voulais voir si ça me tentait de faire partie de la communauté artistique existant à Montréal, et la réponse a été oui. Je me sens bien établie, prête à dévoiler ma prochaine œuvre et l’évolution entre les deux. J’ai hâte de sortir de ma tanière et de le présenter aux gens.

À ce sujet, comment décrirais-tu l’évolution entre le premier et le deuxième opus?
Entre 2006 et 2009, sur le plan artistique, j’ai bougé. C’est un album transitoire. Sur le premier, je parlais de ma vie en France, qui était plus sédentaire. Nous avons ensuite monté un spectacle et nous avons bâti une équipe ensemble, mon gérant, Christian Bavota, et moi. Je suis allée en Europe, partout au Québec et en Ontario. Je pense que le nouvel album reflète ça. Il y a eu beaucoup de mouvement dans ma vie personnelle aussi: je suis devenue tante pour la première fois. Je pense que cet album est plus mature.

Ton français est impeccable. C’est fascinant!
Merci, c’est un beau compliment! Je pense que, lorsqu’on est passionné par quelque chose, ça nous aide. Ça me touche parce que je travaille beaucoup pour comprendre et pour me faire comprendre. Parler le français et évoluer dans cette langue, c’est quelque chose que j’aime.

D’où t’est venue une telle passion pour la langue française?
Ça a commencé lorsque j’avais 18 ans. Je suis allée en France. Le contact avec des gens qui parlent cette langue m’a fascinée. Je ne comprenais rien et je voulais comprendre. Dans le français, il y a une musicalité et, en tant que musicienne, ça m’a attirée. Je trouve aussi qu’il y a un romantisme dans le vocabulaire. Quand je commençais à comprendre, ça m’encourageait à continuer.

N’est-ce pas plus difficile pour toi de composer en français?
C’est très lent. Ça me prend du temps. Je demande beaucoup d’aide à mon entourage francophone. «Est-ce que ça se dit?» Parfois, la réponse est: «Non, ça ne se dit pas, mais c’est mignon, c’est poétique.» Parfois encore, on me répond que ça ne se dit tout simplement pas. Je suis très ouverte à la critique.

Je me sens comme au pays des merveilles. Je suis dans un jardin secret parce que je me laisse aller à apprendre comme un enfant. Tous les jours, je découvre des mots que je ne connaissais pas ou j’oublie des mots que je dois réapprendre. Donc, c’est beaucoup de travail pour mon cerveau. J’ai le droit de demander, d’expérimenter et d’avoir un feed-back sans être trop complexée, parce que je sais, à la base, que je peux souvent me tromper. Il y a une magie dans tout ça.

Une carrière en anglais ne t’aurait-elle toutefois pas ouvert davantage de portes?
C’est une bonne question. On dirait que la vie m’a menée à ça. J’ai fait mes études en français et je suis allée à l’université, où j’ai terminé avec un baccalauréat en traduction. J’étais chez moi, en Ontario, dans un milieu très anglophone. Si je n’étais pas partie pour une ville francophone, j’aurais perdu tout ce que j’avais accumulé. C’était encore fragile. Je suis donc venue m’installer ici et je voulais faire de la musique. Pourquoi pas en français? C’était logique de mettre mes deux passions ensemble. C’est aussi simple que ça. C’est une décision qui s’est imposée d’elle-même. Je ne regrette rien. C’est un bonheur de me lever le lundi matin et de me dire que je fais ce qui me passionne.

2009 a été une année très chargée et très bénéfique pour ta carrière, et tu as remporté récemment le prix André Dédé Fortin de la Fondation de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ). Quel bilan dresses-tu de cette dernière année?
Je suis heureuse, et c’est cool de pouvoir dire ça. Quand j’ai accepté le prix, il y avait dans la salle des artistes que j’admire beaucoup, comme Gilles Vigneault, Gilles Valiquette et Robert Charlebois. Être reconnue par mes collègues, ça veut dire beaucoup pour moi. L’appui de la communauté artistique me touche énormément.

Tu es encore une jeune artiste. À quoi aspires-tu?
À pouvoir continuer dans cette voie, à ne pas prendre les choses pour acquises et à être heureuse. Ça a l’air cliché, mais je veux juste m’amuser et pouvoir continuer à vivre de ma musique, tout en évoluant. Aimer ce qu’on fait globalement, du lundi au vendredi, c’est ça, le plus grand défi.

Les sentinelle dorment sera en magasin le 6 octobre prochain.

 
 
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