Musique

Thomas Fersen au La Tulipe

Les épopées fantastiques d'un poète français

Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-05-28 21:41:51
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© Marie-France Pellerin © Marie-France Pellerin

Jeudi soir, Thomas Fersen a posé sa valise, affectueusement surnommée Germaine, sur le sol montréalais. Robe blanche, veston, chapeau haut de forme et coiffe de plumes: l’excentrique personnage français a débarqué sur la scène de La Tulipe afin d’y présenter les pièces de son dernier opus, Trois petits tours.

Le public était convié à un voyage au cœur d’un univers singulier. Traînant un bagage bourré de poésie parfois humoristique et d’images tirées du monde animal et des objets, l’artiste hors norme multiplie les rimes à double sens, rappelant parfois les comptines, sur fond sonore folk.

Éclairages mystérieux à l’appui, le chanteur a ouvert le bal, dans une mise en scène sobre, avec Malle devant des spectateurs conquis d’avance. Dès la troisième pièce, Diane, le public s’époumonait déjà devant le regard quelque peu ébahi de Fersen: «Comme vous êtes gentils, les enfants!»

Soudain, les éclairages ont redoublé d’intensité alors que le spectacle gagnait en énergie. Armé de son instrument fétiche, le ukulélé, Fersen a livré Museau. «Est-ce que j’ai une tête à couper une femme en morceaux?» Quelques «oui» ont fusé ici et là. Rires étouffés. Son air mi-sérieux a commandé quelques secondes de silence avant qu’il ne poursuive, accompagné de son orchestre de quatre musiciens, interprétant coup sur coup Germaine, Ukulélé et Chocolat.

Dans un désordre total, il a conclu ce trio de chansons en livrant les deniers couplets de Museau. Raconteur hors pair, il a également livré a capella le texte Alexandra, enchaînant avec Iguanodon, tiré de l’album Le pavillon des fous, avant de faire giguer le public, harmonica ou encore flûte en bouche, sur Je n’ai pas la gale.

Trois petits tours et puis s’en va

Les spectateurs ont systématiquement refusé de mettre fin au bal, réclamant un premier rappel. Fersen s’est à nouveau pointé sur scène, interprétant, au plus grand plaisir de tous, Monsieur, Pièce montée des grands jours et Pégase.

Insatiable, le public en a redemandé. Le chanteur français s’est une fois de plus montré généreux, offrant Dugenou. Croyant bien en avoir terminé, il a demandé: «Vous en voulez d’autres encore?» Devant la foule en délire, il a poursuivi avec Les malheurs du lion. «Vous connaissez la fin?» La foule a candidement menti, répondant par la négative. «Vous la connaissez, mais vous voulez que je la raconte. Vous êtes comme des enfants. Et après vous allez faire dodo!» a-t-il lancé avant de conclure avec Louise et Je suis devenue la bonne.

À mi-chemin entre la France et le Québec

C’est bien connu, l’artiste vit une véritable histoire d’amour avec le Québec. Fersen a réussi à allier avec brio deux cultures différentes, et l’ambiance plus intimiste de ses précédents concerts a laissé place à un spectacle à l’enrobage musical beaucoup plus chargé.

Exception faite de son joueur d’ukulélé, Pierre Sangra, le chanteur français s’est entouré d’une équipe de musiciens entièrement québécoise, composée notamment de Youri Boutin à la batterie et de Fred Fortin à la basse. Le chanteur avait d’ailleurs confié la réalisation et les arrangements de son dernier et 7e album à Fred Fortin (Mara Tremblay, The Breastfeeders, Galaxie 500).

Découvert au milieu des années 90 par Dédé Fortin, Fred Fortin compte plusieurs projets à son actif, et il a de toute évidence su glisser avec brio quelques parcelles de son univers québécois à celui quelque peu éclaté de Fersen, livrant au passage une des ses chansons, Que je t'étranglerai.

Il a résulté de cette rencontre une véritable épopée fantastique, un spectacle haut en couleurs qui a définitivement puisé son énergie à même le public survolté.

 
 
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