Chansons pour les mois d’hiver
Isabelle Boulay chante la saison froide
Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-11-23 19:58:51
Isabelle Boulay © Bruno Petrozza
Le feu crépite dans le foyer et des bougies confèrent une ambiance chaleureuse à l’étage supérieur de l’Auberge Saint-Gabriel du Vieux-Montréal où Isabelle Boulay nous accueille tout sourire. En ce lundi quelque peu glacial, l’interprète lance son septième album studio, Chansons pour les mois d’hiver.
La seule mention de l’hiver suffit à en faire frissonner plus d’un. Pourtant, Isabelle se réjouit de l’arrivée imminente de la neige. «C’est une saison que j’aime. J’ai passé mon enfance dans le village de Sainte-Félicité. Il y avait beaucoup d’activités. Mon père nous faisait une patinoire. On glissait, on faisait de la motoneige, et il y avait des concours de monuments de glace. C’était très agréable. Donc, j’ai de beaux souvenirs liés à l’hiver.»
De retour d’Europe en avril dernier, au terme de la tournée Ta route est ma route, la chanteuse a vu l’idée d’un album réconfortant germer dans sa tête. «Le contexte social était difficile en Europe, comme ici d’ailleurs. Rares sont ceux qui n’ont pas été touchés d’une façon ou d’une autre par une telle crise. J’avais l’impression que les gens avaient besoin d’être réconfortés.»
Shefferville, le dernier train, chanson de circonstance, est d’ailleurs la première à lui être venue à l’esprit. Peu à peu, des pièces telles que Feignez de dormir et Je reviens chez nous de Jean-Pierre Ferland, Hors-saison de Francis Cabrel ainsi que Le patineur de Julien Clerc se sont greffées au projet.
«J’ai eu beaucoup d’audace de reprendre ces chansons-là. Je les ai prises comme si elles étaient nouvelles et qu’elles avaient été composées pour moi. Il fallait que j’en prenne possession et que je leur donne une autre vie que celle qu’elles avaient eue avec beaucoup d’artistes auparavant.»
Puisque la plupart des pièces n’abordent pas à proprement parler le thème de l’hiver, elle ne redoute pas que l’album soit associé à cette saison précise. «J’ai décidé de l’intituler Chansons pour les mois d’hiver parce que c’est à la fois la saison que le cœur traverse et aussi la saison dans laquelle on allait entrer. Mais les chansons sont intemporelles», mentionne-t-elle, rappelant qu’on écoute des pièces telles que C’est en septembre de Gilbert Bécaud ou L’été indien de Joe Dassin à différents moments de l’année.
Les grands esprits se rencontrent
Issue de la plume du compositeur et interprète gaspésien Steve Marin, Chanson pour les mois d’hiver, unique pièce originale de l’opus, sert de fil conducteur à l’ensemble du projet. «C’est la plus représentative de l’éventail de pièces qui se retrouvent sur l’album. Steve me l’a écrite en 48 heures. Quand je l’ai reçue, j’ai versé une larme. J’étais tellement contente: il avait compris toutes mes intentions. C’était magique.»
Bien qu’elle ignorait que Steve, tout comme elle, était originaire de la Gaspésie, tous deux se sont rapidement découvert de nombreux points communs. «Ses parents sont un duo de musiciens que je côtoyais à l’âge de sept ans, quand je chantais dans les bars. Sa mère est sortie avec mon oncle, et elle la meilleure amie d’une de mes tantes. Il y avait plein de coïncidences entre nous.»
Le réalisateur Marc Pérusse (Luc de Larochellière, Daniel Boucher) signe, quant à lui, un album épuré qui laisse place à la magnifique voix d’Isabelle. «On voulait que ce soit sobre, presque artisanal. D’ailleurs, la pochette donne le ton : il n’y a pas de photos de moi. On voulait que les gens puissent entrer dans leur imaginaire et se faire leur propre histoire en écoutant ces chansons.»
Du baume au cœur
La maternité comble la chanteuse au plus haut point, et la maman en elle semble plus épanouie que jamais. Aussi cette énergie se reflète-t-elle sur l’album. «L’état dans lequel nous sommes nous influence. Plus on se connaît, plus on fait des choses qu’on aime, et plus on s’épanouit. J’avais envie d’épouser les chansons. C’est très physique. J’ai besoin de me les approprier, de les laisser entrer non seulement à travers ma voix, mais à travers mon corps et mon cœur aussi.»
Elle l’avoue, son petit garçon, âgé de 13 mois, nourrit beaucoup sa créativité. «Dès que j’ai porté Marcus, ma voix a changé. Quand tu as un enfant, c’est comme si tu avais en tout temps un petit cœur greffé sur le tien. Ça ne te quitte jamais. Et ça m’a amenée dans une créativité nouvelle. La musique est une voie assez naturelle pour moi pour tisser des liens avec mon enfant.»
Elle ne cache pas qu’il est très exigeant de concilier vies familiale et professionnelle. «Ç’a aiguisé mon sens de l’organisation. J’ai moins de temps à consacrer à certains projets, mais ça remet les choses en perspective.»
Isabelle entamera une tournée basée sur l’univers de Chansons pour les mois d’hiver en octobre 2010. Un nouvel album devrait pour sa part voir le jour en 2011. D’ici là, le rôle de maman de la chanteuse risque d’occuper la pole position de ses occupations. «Je veux passer beaucoup de temps avec mon fils. J’aimerais l’amener en dehors de la maison.»
Les mois d’hiver vus par Isabelle Boulay
En quelques mots, l’interprète raconte ce qu’évoque pour elle chacune des pièces de l’album.
• Feignez de dormir: «Aznavour a déjà dit que les artistes sont les pharmaciens de l’âme.»
• Chanson pour les mois d'hiver: Féérie
• L'amitié: En dehors de l’espace-temps
• Hors-saison: Une saison que le cœur traverse
• Le patineur: Ludique
• La ballade du chien-loup: La défaite amoureuse
• Je reviens chez nous: Le Québec
• Déranger les pierres: Charnel
• Tennesse Waltz: Amour de jeunesse
• Shefferville, le dernier train: Ballade pour les ouvriers
• Marie-Noël: Amour d’enfant
Chansons pour mois d’hiver est offert en magasin.





