Musique

Dumas au National

Traces d'univers parallèles

Marie-France Pellerin / 7Jours 2010-01-21 21:48:52
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Dumas © Frédéric Auclair Dumas © Frédéric Auclair

Après s’être cloîtré dans son studio pendant un an, à l’abri des médias et grisé par une inspiration sans borne, Dumas est de retour en salles. Dernier clou de cette construction musicale, Traces lui permet à présent de porter sur scène ce flot inspirant.

Il avait offert son dernier concert accompagné de 10 musiciens et choristes en juin dernier au Métropolis. Cette fois-ci, c’est en compagnie de trois musiciens, Alexandre Dumas (basse), Jocelyn Tellier (guitare) et Marc-André Larocque (batterie) — qu’il s’est produit au National, jeudi soir.

Des riffs de guitare solides, le martèlement de la batterie, des éclairages rougeâtres et mythiques: Transsibérien Express, véritable locomotive de rythmes percutants, conviait les spectateurs à son bord pour un périple en haute altitude.

Comme Dumas a privilégié une écriture plus épurée, ses récentes poésies, comme Dans un rétroviseur et Mes révolutions, ont d’emblée touché les cordes sensibles, alors que les mélodies se chargeaient de maintenir le public quelque part entre le paradis et la terre ferme.

Pourtant, cet état d’apesanteur s’est fait lourd à mi-parcours. Lorsque Dumas s’est payé un trip hors circuit avec Miss Ecstasy et Vénus en fin de spectacle, l’on a saisi à quel point la prestation avait parfois manqué de pièces rock.

De sages fans

L’auteur-compositeur-interprète aura semé, au cours de ces 12 mois de création, quatre mini-albums en série limitée: Nord, Rouge, Demain et Au bout du monde. Ces traces ont mené à son ultime projet, qui s’est concrétisé le 1er décembre dernier: un opus d’une douzaine de morceaux aboutis et réalisés avec l’aide de son complice, Louis Legault. Ainsi, c’est plus d’une cinquantaine de titres qui ont été enregistrés en une année.

Porté par ce récent souffle de création, qui ne semble d’ailleurs pas s’essouffler, Dumas a revisité Je ne sais pas et J’erre, pendant lesquelles les spectateurs se sont fait maîtres vocaux, entamant haut et fort les refrains. «C’est vous qui dirigez ce soir», leur a-t-il lancé.

Or, la direction empruntée par les fans ne menait tout simplement pas à une ambiance survoltée. Aussi, l’énergie déployée par les musiciens n’a-t-elle pas toujours reçu l’accueil auquel elle aurait eu droit.

Un exil créatif

Présenté sous le signe de la sobriété, ce spectacle de Dumas est de ceux où l’on ne va clairement pas se défouler. On s’y pointe plutôt avec, en tête, l’idée de vivre une quasi communion — souvent tranquille mais, somme toute, totalement nourrissante — avec l’artiste et de se réinventer sa propre vision de ses pièces, en constante évolution. C’est d’ailleurs là que se trouve la force de Dumas: retravailler inlassablement les chansons de son répertoire pour créer de véritables joyaux une fois interprétées live.

Et, il faut l’admettre: cette année à jouer les ermites, coupé du monde, l’a décidemment conduit au sommet de son art. En ébullition même sur scène, Dumas est parvenu à faire vibrer la salle clairsemée et plutôt sage du National à de nombreuses reprises. Passant du rock aux instrumentations plus classiques, seul à la guitare à chanter Quelque part et Alors alors, ou encore déchaîné sur Vénus, il a le mérite d’avoir réuni en un seul et même spectacle deux univers parallèles, arrivant tantôt à bercer le public, tantôt à le faire danser.

Dumas est en spectacle au National jusqu’au 23 janvier, et des représentations supplémentaires seront données du 6 au 8 mai.

 
 
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