Musique

Requiem pour les sourds

Le constat alarmiste des Vulgaires Machins

Raphaël Gendron-Martin / 7Jours 2010-03-03 20:57:50
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Vulgaires Machins © Frédéric Auclair Vulgaires Machins © Frédéric Auclair
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Alors que bon nombre d’artistes s’évertuent à pondre des chansons aux textes insignifiants qui ne font que rimer, les Vulgaires Machins s’efforcent de composer des chansons qui parlent des trop nombreux problèmes de la société. Avec son cinquième album, Requiem pour les sourds, la formation punk-rock très engagée effectue un retour en force, et elle est plus en forme que jamais. Mercredi soir, le quatuor présentait cinq de ses nouvelles chansons (Presque complet, Le mythe de la démocratie, Parasites, Texture qui se mange et Un peu plus fort) devant médias et fans, à L’Astral.

Comprenant 13 morceaux, Requiem pour les sourds parle notamment de la démocratie, de la liberté de presse, du néolibéralisme et de la société de consommation. Quant au titre de l’album, «c’est un thème qui revient souvent dans plusieurs textes de l’album, souligne la guitariste Marie-Ève Roy. On n’a pas fini de taper sur le clou! On a l’impression que ça ne change pas vite et on se demande si on est sourd en tant que société et en tant qu'individu».

Le chanteur et principal parolier du groupe, Guillaume Beauregard, ajoute: «Pas besoin d’être malentendant pour être sourd! Il y a quand même un consensus par rapport à l’état de notre planète en ce moment. Tout le monde est un peu cynique par rapport à la politique. Tout le monde s’entend sur l’état environnemental, l’état de la démocratie et la place que le néolibéralisme prend dans nos vies. Oui, c’est un constat un peu sombre qui pose la question. Est-ce qu’on est cyniques au point de rester apathiques par rapport à ça?»

Constat alarmiste

Sur la pochette de l'album, on voit un bateau en train de couler. Est-ce un autre constat de ce qui se passe présentement dans le monde? «C’est certain qu’il y a quelque chose d’alarmiste là-dedans, répond Guillaume. Le point de vue des Vulgaires Machins a un aspect très noir, mais je pense qu’on est en droit de poser des questions fondamentales par rapport à ce qui se passe. Au bout du compte, notre bateau n’est pas une façon de baisser les bras, mais plutôt une façon de créer un débat et de poser des questions, de se demander un peu ce qu’on fait avec ça, un bateau qui va couler.»

Le constat alarmiste des Vulgaires MachinsVulgaires Machins © Raphaël Gendron-Martin

Avec son album précédent, Compter les corps, qui n’était pas plus joyeux, on peut croire le groupe se sent dans l'obligation de dénoncer les nombreux travers de la société. «Non, tout ça "sort" naturellement, assure le chanteur. La musique est aussi une soupape et c’est une façon pour nous de sortir un peu du système et d’évacuer des choses qui peuvent être préoccupantes au cours des années. C’est important que ce soit fait, considérant le manque de débats de fond en musique, en général.»

Mais sous des allures de groupe sombre et sérieux, Vulgaires Machins peut aussi être drôle. «On a un côté comique, souligne le batteur Patrick Landry. On est tout le temps en train de niaiser en tournée.» «C’est nous qui écrivons les chansons des Trois Accords!» dit à la blague le bassiste Maxime Beauregard. «Ça prend de l’humour, on en a besoin pour balancer un peu tout ça», poursuit Patrick.

Musiciens perfectionnistes

Mis à part l’aspect des textes de l’album, Requiem pour les sourds saisit par sa musique intense qui mélange adroitement le rock et le punk. Est-ce que les musiciens ont porté une attention particulière à la portion musicale pour ce disque? «Je serais tenté de dire que, comme pour les autres albums, la musique n’est jamais négligée, mentionne Guillaume. On travaille la musique en premier, c’est ça qui nous unit. Les textes se font un peu à part.» «On est très critiques envers la musique, ajoute Patrick. Aussitôt qu’il y a un passage qui ne nous met pas à l’aise, on l’enlève ou on le change. On est assez perfectionnistes.»

Laquelle des nouvelles chansons représente le mieux l’album? Les musiciens hésitent quelques secondes… «Ç’aurait été plus facile de dire laquelle est notre préférée!» lance Maxime. «Il y a quelque chose dans la chanson Un peu plus fort qui, d’après moi, rejoint l’idée de l’album, répond Guillaume. C’est un constat triste du monde dans lequel on vit, mais il y a un désir de continuer à avancer là-dedans et de garder espoir malgré tout.»

Le constat alarmiste des Vulgaires MachinsVulgaires Machins © Raphaël Gendron-Martin

Dans une entrevue accordée en 2008, Guillaume Beauregard avait affirmé que ses préoccupations du moment étaient la montée du prix du pétrole, le virage à droite de l’élite politique et les gens qui font du Sea doo. Est-ce que ça a changé depuis? «Oui, les Sea doo me dérangent moins maintenant. Là, ce sont les skidoos qui me dérangent!» répond-il, ce qui déclenche les rires de ses compères.

Au cours des prochains mois, les Vulgaires Machins se promèneront partout au Québec. «C’est notre retour sur scène», indique Marie-Ève. Outre deux concerts, qu’elle a donnée il y a quelques jours, la formation n’a pas joué depuis l’été 2009. Dernièrement, le quatuor se produisait à Vancouver, à l'occasion des Jeux olympiques. «On a eu un bon accueil des Canadiens anglais, observe Patrick. La foule nous écoutait. Et le lendemain, il y a eu pas mal de visiteurs de Vancouver sur notre site.»

L’album Requiem pour les sourds est présentement en vente.

 
 
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