Rentrée montréalaise
Kevin Parent: entre folk rock et mal de vivre
Marie-France Pellerin / 7Jours 2010-03-04 21:55:48
Kevin Parent © Frédéric Auclair
Quelques minutes avant la première du nouveau spectacle de Kevin Parent à Montréal, le premier depuis son récent congé forcé à la suite d’une commotion cérébrale — gracieuseté d’une bande l’ayant tabassé à Québec —, une inquiétude planait toujours: le chanteur allait-il remonter sur les planches, ou avait-il décidé d’aller planter des arbres?
La foule réunie au Club Soda a poussé un soupir de soulagement lorsque Parent est enfin apparu sur scène, marmonnant à peine un «Bonsoir!», avant d’entamer Besoin d’amour: «T’as besoin d’amour mon pit. Ça s’en vient, ce sera pas long.» Même si le chanteur ne semblait pas avoir le cœur à la fête, pour d’évidentes raisons, le public lui a injecté une solide dose d’amour et d’énergie.
Rappelons qu’après avoir livré une courte prestation au Cabaret du Capitole, dans le cadre du lancement de la station radiophonique CKOI Québec, le 12 février, Parent s’était retrouvé avec quelques connaissances, dans un bar, sur la Grande Allée. Alors qu’il retournait à sa chambre d’hôtel, le chanteur avait été attaqué par une dizaine de personnes.
Il souffrait depuis de fatigue et d’étourdissements, mais s’était tout de même rendu à Vancouver afin d’y offrir une prestation dans le cadre des Jeux olympiques, où un médecin avait diagnostiqué une commotion cérébrale. Il avait alors interrompu momentanément sa tournée.
De retour sur scène jeudi soir, l’auteur-compositeur-interprète gaspésien a semblé s’être plutôt bien remis de son agression, du moins physiquement. Car une certaine angoisse émanait de l’homme, même s’il a totalement investi la scène, donnant assurément le meilleur de lui-même.
Du folk intimiste au rock enlevant
Deux ans après avoir offert un premier album en anglais, Fangless Wolf Facing Winter, Parent renouait avec la langue de Molière, l’automne dernier. Huit longues années s’étaient ainsi écoulées depuis son dernier disque studio en français, mais il n’avait de toute évidence rien perdu de sa sobre poésie.
S’il a quelque peu délaissé son côté rock au profit d’un folk intimiste sur ce dernier album — on avait d’ailleurs déploré que, malgré un folk délicat et prenant, ses nouvelles créations manquent d’intensité et d’entrain à de nombreux moments — le naturel est revenu au grand galop, alors que Parent a offert une prestation plutôt enlevante. Il faut dire que le chanteur était, pour l’occasion, entouré des musiciens des Porn Flakes, soit Dan Georgesco, Mike Plant, Francis Fillion et Martin Bolduc.
Portées sur les planches en solo, des pièces telles que Mon pays et La petite sirène, dénudées, ont néanmoins conservé une certaine partie du cachet musical acoustique de son dernier disque.
Du temps pour oublier
Après deux décennies à gratter sa guitare, Parent, âgé de 37 ans, compte un impressionnant répertoire de hits. Aussi en a-t-il glissé quelques-uns, dont Fréquenter l’oubli et Seigneur — ô combien prenant, en particulier lorsqu’il a chanté «j’aimerais prendre le temps de faire la paix avec quelques souffrances».
Le band a conclu sa première partie avec un rythmé Open House Blues, souffle percutant qui a donné la ton à la deuxième partie, au cours de laquelle Parent a semblé retrouver sa vigueur.
Pourtant, l’étincelle brillait plus faiblement qu’à l’habitude. Bien qu’il ait tout mis en œuvre pour satisfaire avec brio son fidèle public — on souligne d’ailleurs l’incroyable prestation qu’il a offerte compte tenu son état —, on concède que le chanteur a besoin d’un peu de temps pour soigner ses blessures.
Kevin Parent sera également en spectacle le 20 mars au Club Soda.
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