Porc-épic
Qui s’y frotte s’y pique
Marie-Hélène Goulet / 7Jours 2010-02-18 15:06:01
Geneviève Schmidt et Antoine Bertrand forment un triste couple dans la pièce. © Danny Taillon
Quel animal fascinant que le porc-épic. Sympathique à vue de nez on aimerait bien le coller, mais ses piquants font obstacle. Le texte de David Paquet est à l’image du gros rongeur, alors qu’il nous entraine parfois dans un univers fantaisiste et drôle il nous ramène violemment dans le vif du sujet à coups de bâton de baseball!
Aujourd’hui, c’est la fête de Cassandre. Vieille fille au look criard de personnage pour enfant, elle cherche à tout prix des gens pour venir célébrer avec elle. Distribuant des faireparts à tous ceux qui croisent son chemin, elle nous fait découvrir les tristes univers de Sylvain, baptisé Slyvain à cause d’une mère dyslexique, de Suzanne une femme colérique et aigrie, de Théodore un Don Juan multipliant les coups de foudre et de Noémie qui aimerait tant avoir un enfant pour combler son existence.
Une recette réaliste et féérique
Dès le départ, le décor de Nathalie Trépanier impressionne les spectateurs. Sur la scène de l’Espace Go, un véritable haut de duplex montréalais supplante le dépanneur hyperréaliste de Chez Sylvain, arrière-boutique comprise, et la cuisine féérique de Cassandre et son four magique.
C’est d’ailleurs Cassandre, la grande cuisinière de l’histoire mise en scène par Patrice Dubois. Véritable clown, la fêtée ne cesse de chantonner « Bonne Fête qui? Bonne fête moi!» d’une mine extatique, mais cache certainement la plus grande solitude. C’est devant son gâteau au chocolat maison que ses invités chercheront un peu de réconfort, mais à quel prix?
Ça frappe!
Antoine Bertrand, Geneviève Shmidt, Dominique Quesnel, Jean-Pascal Fournier et l’excellente Marika Lhoumeau, l’interprète de Cassandre, nagent habilement dans les dialogues souvent surréalistes de l’auteur. «Je fume parce que mon bébé aime ça», lance Quesnel dans la peau de «Sainte-Marie-pleine-de-graisse» enceinte jusqu’au cou, chialeuse comme dix et surtout abstinente depuis 15 ans…
C’est d’ailleurs ce genre de réplique qui réveille le spectateur embarqué dans une bizarre fable urbaine, le resituant rapidement dans une comédie noir charbon. Il faut avoir le cœur solide, quand on a déjà porté un enfant, pour voir une femme enceinte recevoir un coup de bâton de baseball au ventre, même si l’acte prend des allures cartoonesque.
Diplômé du programme d’écriture dramatique de l’École nationale de théâtre du Canada en 2006, David Paquet a présenté sa pièce en Allemagne, au Mexique, en Autriche, en France et en Belgique avant d’atterrir de nouveau à Montréal. Son oeuvre empreinte d’une grande liberté s’inspire d’une horde de porcs-épics par temps froid. Comment feront-ils pour se rapprocher pour se réchauffer sans se piquer les uns, les autres? Démontrant qu’on ne peut s’ouvrir sans se rendre vulnérable, le texte laisse une impression douce-amère, entre fiction et réalité comme le dilemme des porcs-épics. On adore les personnages empreints de folie, mais, tout aussi mabouls qu’ils soient, ne nous confrontent-ils pas à notre propre solitude?
Porc-épic est présentée jusqu’au 13 mars à Espace Go.





