Les États-Unis vus par...
«J’aime les États, je les haïs»
Marie-Hélène Goulet / 7Jours 2010-02-24 12:00:00
Catherine De Léan, Jean-François Nadeau, Marie-Élaine Thibault et Benoit Rousseau dans Les États-Unis vus par.... © Suzane O’Neil
Pour conclure son Cycle états-unien, la compagnie du théâtre de l’Opsis a demandé à cinq auteurs et à trois auteurs-compositeurs d’écrire sur nos voisins du sud. Il en résulte un collage bigarré, à l’image des 50 états du pays présidé par Barack Obama.
C’est sans contrainte aucune que François Archambault, Michel Marc Bouchard, Jasmine Dubé, Catherine Léger, Pierre-Yves Lemieux, Martin Léon, Émilie Proulx et Richard Séguin ont laissé leur plume chatouiller le sujet. En ce sens, ils ont offert à la metteuse en scène, Luce Pelletier, des saynètes et des chansons d’univers très disparatesMalgré tout, les œuvres se rejoignent toutes sur une trame: l’essoufflement du rêve américain.
C’est du sport!
C’est carrément par un hymne composé par Richard Séguin, In God We Trust, qui annonce une performance olympienne, que débute le spectacle. En effet, c’est une bribe à la fois que les comédiens Catherine De Léan, Jean-François Nadeau, Benoit Rousseau et Marie-Hélène Thibault nous plongent dans les différents mondes des auteurs. Passant d’un personnage à l’autre sans jamais quitter la scène du Prospero, le quatuor impressionne, essouffle même.
Avec Vox Pop, de Pierre-Yves Lemieux, les acteurs deviennent des habitants de divers villages des États-Unis tous bien heureux de leur sort, débutant leurs phrases par un béat: «Ce que j’aime de notre village, c’est que tout le monde se mêle de ses affaires, même si on sait des choses...» S’en suivent des horreurs sur un garagiste a priori sympathique, mais qui a comme petit défaut de violer et de tuer quelques touristes, ou sur une mère de famille rappelant à sa fille que la fellation est le seul salut possible si elle souhaite garder son mari, malgré sa laideur.
Marie-Élaine Thibault et Catherine De Léan jouent des soeurs aux valeurs diamétralement opposées dans Perdus, Lost, de Catherine Léger. Faisant le pied de grue dans une station-service en attendant leur lift après le mariage de leur cousin avec une Américaine, elle discutent à propos de l’union métissée. L’une est envieuse du changement de statut de l’époux, triste d’être née dans la belle province: «Marier une Américaine, pour un Québécois... C’est comme dans le temps, pour une Québécoise, de marier un Canadien anglais... C’t’ait quequ’chose.»
Des héros déchus
François Archambault et Jasmine Dubé, quant à eux, renouent avec l’héroïsme terni des bons Américains. Le premier s’inspire de ses souvenirs d’enfance en écrivant pour Batman et Robin. Sauf que, dix ans après la chute du World Trade Center, l’homme chauve-souris a bien mal vieilli. La seconde visite plutôt le quotidien d’une pompière mère de famille. Celle qui s’évertue à sauver des vies jour après jour n’a pas été épargnée par la crise économique.
Le plus savoureux des textes provient assurément de Michel Marc Bouchard (Les Feluettes, Les Muses orphelines). Le sketch Impressions, The Key of success nous amène dans un sous-sol de Laval, où deux cadres récemment licenciés se terrent pour donner l’impression aux voisins que tout va bien et qu’ils sont partis en vacances à Hawaï. «C’est pas une menterie, c’est une impression», clame la femme qui a suivi la conférence d’un motivateur à Las Vegas.
Utilisant l’ironie pour décrire la plus grande démocratie du monde, le collectif de créateurs permet d’alléger des propos qui sont fondamentalement très sombres. Envie, découragement, hypocrisie se mêlent, néanmoins, à de l’admiration et à de l’acharnement. «Je suis et serai toujours le rêve. Avec ma résistance, cachée dans mon regard de beau garçon idiot. Au-delà de toutes vos furies, de tous vos mépris, je suis comme vous et comme tout ce qui vit le miroir de l’humanité», a écrit Pierre-Yves Lemieux. Ce constat, c’est sûrement Émilie Proulx qui le résume le mieux dans sa chanson Les États: «J’aime les États, je les haïs.»
La pièce Les États-Unis vus par... est présentée jusqu’au 13 mars au théâtre Prospero.





