Première d’Alex Perron
Un gars sans tabous
Marie-France Pellerin / 7Jours 2009-10-06 21:57:38
Alex Perron © Jean Langevin
Humour, folie, irrévérence: voilà qui résume Un gars c’t’un gars, le tout premier one man show d’Alex Perron, présenté mardi soir en grande première au Théâtre St-Denis.
«Je le sais que si vous êtes ici, c’est parce que je suis fif! Mais c’est correct», a-t-il lancé d’entrée de jeu. Les médias ont fait beaucoup de tapage quant à son homosexualité, qui ne pouvait évidemment que teinter son spectacle. Questionnerait-on Patrick Huard ou Martin Matte sur la présence de numéros «hétérosexuels» dans leur show? Étonnant qu’en 2009, une production soit encore définie par l’orientation sexuelle de son créateur…
Quoi qu’il en soit, il reste que l’homosexualité, c’est la carte de visite d’Alex Perron. L’humoriste n’a jamais revêtu l’uniforme de la victime, s’armant d’un solide sens de l’autodérision et s’affichant d’emblée comme le fif des Mec Comiques. Si beaucoup ne se sont arrêtés qu’à cet infime aspect de sa personne, peu ont encore vu ses multiples couleurs.
Surprenant est le juste qualificatif de ce premier saut en solo. Âgé de 38 ans, l’humoriste avait besoin de se remettre en danger. Seul sur scène, sans ses deux acolytes habituels, mais fort des conseils de ses instructeurs, Chantal Lamarre à la mise en scène et Pierre Bernard à la direction artistique, il s’est littéralement jeté dans le vide.
L’atterrissage aurait pu être catastrophique. Or, l’humoriste s’en tire plutôt bien et évite de sombrer dans des sujets auxquels on l’a trop souvent associé, comme la mode. Bien évidemment, il aborde son homosexualité, qui fait partie intégrante de sa vie, mais au-delà de l’orientation sexuelle, les diététistes et même les années 80 sont matières à faire rire.
Zone de confort inexistante
Malgré quelques difficultés à entrer dans le vif du sujet — certains numéros sont dotés de préambules loufoques, mais néanmoins un peu long avant un premier punch réel, comme c’est le cas lorsqu’il se donne pour mission de revamper le corps humain —, l’humoriste ne craint pas de secouer les spectateurs. S’il en donne plus qu’en demande le public, qui rit d’ailleurs jaune à quelques reprises, il se charge de secouer, d’exposer et de démystifier certains tabous. Un saut hors des zones de confort tout à fait déstabilisant et rafraîchissant.
Peut-être était-ce la nervosité — il faut mentionner que plusieurs membres de la colonie artistique se trouvaient dans la salle —, mais il lui a semblé difficile de prendre ses aises en première partie. Il aura fallu attendre le quatrième numéro, portant sur les diététistes, avant qu’il ne parvienne à réellement gagner l’ensemble du public et que le spectacle n’atteigne sa vitesse de croisière. Quelque peu figé dans ses textes, certains mots et certaines blagues ont été escamotés, mais il faut mentionner son habileté à réchapper les gags perdus.
Peu importe, ces petites bévues n’auront en rien tué le personnage coloré, qui a assurément fait mourir de rire le public en s’assumant en tant que control freak qui va jusqu’à mettre à son horaire le lavage et le nettoyage de la litière du chat. Les nombreuses références aux années 80 n’ont pas non plus manqué de rallier la foule.
«Entre vous et moi, je voudrais que ce soit comme une baise d’un soir», a-t-il mentionné en début de spectacle. Ne lui en déplaise, Alex Perron est de ces humoristes avec qui on a envie de déjeuner le lendemain matin. Un show qui s’adresse aux 16 à 77 ans. Oreilles chastes s’abstenir!





