De retour d'Haïti
«Je ne m’attendais pas à ce qu'il y ait autant de morts dans les rues» - Félix Séguin
Sophie Montminy / 7Jours 2010-02-17 11:00:50
Félix Séguin en Haïti © René Baillargeon
Après avoir passé 29 jours en Haïti, le journaliste Félix Séguin a finalement remis les pieds à Montréal vendredi dernier. Toujours ébranlé par ce qu'il a vu, le journaliste prend une semaine de congé et avoue qu'il est sorti grandi de cette expérience autant du côté professionnel que personnel.
«Quand je suis arrivé vendredi, j'avais encore une poussée d'adrénaline. Je suis même allé au bureau pour porter mon équipement et si on m'avait demandé de travailler, je l'aurais fait. Par contre, le samedi et le dimanche suivant, je suis resté complètement cloué à mon lit. J'étais dans un état catatonique», raconte le journaliste au bout du fil.
TVA a été la deuxième équipe à diffuser en direct d'Haïti après CNN. Dès son arrivée, 72 heures après le séisme, Félix Séguin a été soufflé par l'ampleur de la situation. «Je savais que ça allait être gros, mais je ne m’attendais pas à ce qu'il y ait autant de morts dans les rues, qu'il ait des cadavres ramassés par des tracteurs. C'était surréel. En arrivant, j'ai même vu une femme brûler le corps de son mari en avant de moi, puisqu'elle n'avait aucune place pour l'enterrer.»
Malgré les scènes d'horreur que le journaliste a vue tout au long de son séjour, il avoue tout de même s'en être bien sorti côté émotionnel. «Il y a quelques années de ça, j'ai décidé de suivre une psychanalyse. Ce n'était pas pour régler des problèmes, mais la démarche me fascinait. En direct d'Haïti, j'étais donc préparé à analyser ces images. J'ai eu un bon catalyseur pour traiter ces images. Par contre, tous les journalistes vont voir un psychologue la semaine suivant leur retour et c'est normal, il faut faire sortir ce qu'on a vu.»
Témoin de premier rang
Durant son séjour de près d'un mois, Félix Séguin a eu le temps de voir le développement de la situation. «J'ai été capable de confronter des scènes qui m'ont jetée par terre, qui m'ont ébranlées. Parfois, lorsque j'étais en onde, j'étais encore sous le choc. J'ai vu plusieurs corps de bébés naissants dans les égouts et des corps partout dans les rues, mais après 10 jours, je faisais exprès pour détourner la tête des cadavres. Médiatiquement parlant, dans les premiers jours on a parlé de cette horreur, mais ensuite, il fallait montrer autre chose.»
Félix Séguin en Haïti © René Baillargeon
Même après 29 jours, le journaliste n'a pas l'impression d'avoir vu une amélioration. «Il y avait un vide organisationnel au niveau du gouvernement avant le tremblement. Maintenant que les symboles du gouvernement se sont effondrés tout comme les universités et les églises, j'ai l'impression que les Haïtiens ont perdu tous leurs repères et c'est maintenant l'anarchie.»
Félix Séguin avoue par contre avoir vu une amélioration du côté du moral des Haïtiens et de la distribution de la nourriture. «Ils ont retrouvé un peu le moral, mais tout reste à bâtir. Du côté de l'aide humanitaire, la nourriture se distribue plus rapidement, mais c'est encore très difficile, puisque le système de distribution alimentaire doit être constamment protégé et il ne peut pas y avoir de constance dans la livraison. Les gens ont faim.»
Selon le journaliste, l'un des grands problèmes pour la Croix Rouge est qu'elle est incapable de localiser tous les gens. «La Croix Rouge est incapable d'aller dans tous les coins. Même quand je suis parti, il y avait encore des gens qui n'avaient pas eu de nourriture. Le problème est que certains quartiers ont été déplacés sur des rues inexistantes et les gens bougent constamment. On ne peut pas répertorier tout le monde.»
La piqûre du terrain
Suite à son aventure en Haïti, Félix Séguin avoue qu'il est intéressé à retourner sur le terrain. «Si on me demande de repartir là-bas dans un mois, je vais y aller sans problème. J'aimerais également partir au Soudan ou en Afghanistan. J'ai eu la piqûre pour ce genre de travail. Ce fut une expérience grisante et j'en ressors grandi professionnellement et personnellement.»
Le journaliste a également aimé son expérience, puisqu'il s'est rendu compte à quel point il était en mesure de communiquer l'information à des millions de gens. «Quand je me promenais dans les rues, oui j'ai aidé les gens en donnant de l'eau ou de la nourriture, mais je crois que mon travail de journaliste a également aidé les gens. Quand on est à Montréal, on sait qu'il y a des milliers de gens qui nous regardent, mais en étant à Haïti, il y en avait des millions. Plusieurs Haïtiens de Montréal m'ont également écrit pour me remercier d'avoir été aussi présent sur le terrain. Je ne peux pas demander mieux en tant que journaliste.»






