CHRONIQUE TÉLÉ DE ROXANNE TREMBLAY
Julie met les pendules à l’heure
Roxanne Tremblay 2010-03-10 12:50:06
Julie Snyder Crédit: TVA Publications
Rencontrée lors du dévoilement des nommés à la 25e édition du Gala Artis, Julie Snyder se disait fort surprise de figurer dans la catégorie animateur/animatrice d’émissions de variétés ou de divertissement pour son travail sur Star Académie. On peut supposer que l’aventure Star Académie paraît bien lointaine pour celle qui travaille d’arrache-pied sur son dernier bébé, La série Montréal-Québec. Curieuse de savoir ce qu’elle en pense, j’ai profité de l’occasion pour lui parler de la dernière création de sa boîte de production, qui n’a pas su me plaire personnellement, mais qui s’avère une grande fierté pour elle et son équipe.
Julie, tu as reçu deux nominations et tu as semblé surprise d’en décrocher une pour ton travail sur Star Académie, pourquoi?
Je n’en revenais pas pour celle pour Star Académie. On me disait que j’en avais deux, et je n’y croyais pas, j’ai dû lire le communiqué pour y croire. C’était bien loin, ça fait un an. C’est une belle récompense parce que c’est le projet sur lequel j’ai travaillé le plus fort dans ma vie.
Tu as récolté une nomination pour l’émission Le Banquier, qu’est-ce qui en explique le succès selon toi?
C’est toujours l’émission numéro un, bon an, mal an. Peu importe ce qui se passe, Le Banquier est numéro un, je n’en reviens pas. Le secret, je pense, c’est de ne pas en faire trop. Aux États-Unis, ils en tournent énormément. Dès qu’une émission connaît du succès, ils en produisent beaucoup. Et je résiste à cette tentation, je dis tout le temps à la patronne de TVA (France Lauzière), «si tu veux en faire plus dans la saison, ça ne me dérange pas, tu peux me remplacer». Je pense que le concept de l’émission Le Banquier, c’est la vraie vedette. Quand j’animais Le point J, je pense que les gens suivaient l’émission pour la personnalité de l’animatrice, tandis que pour Le Banquier, c’est le concept du jeu qui est le plus fort. On peut bien me remplacer, je ne veux pas en faire plus, je me donne pas mal quand je fais Le Banquier et je suis fatiguée après.
Disons qu’il y a des semaines où ton animation est une séance de sport!
Oui, c’est ça. Et je rentre vraiment dans l’univers des participants, je ne pourrais pas en faire plus. Je pense que c’est ça le secret: il n’y en a pas mur à mur, du 1er septembre au 1er juin, je pense que c’est pour cette raison que l’émission continue à susciter autant d’engouement. Nous arrivons avec de nouvelles surprises, nous réussissons à nous renouveler, parce que nous ne sommes pas là tout le temps.
T’ennuies-tu parfois de la formule talk-show?
Non. Mais de temps en temps, j’aime ça faire une entrevue, comme avec Céline pour le dvd Live à Las Vegas. Ma dernière entrevue avec Céline Dion date de 2006 ou 2007. Là, je serais due. Je m’ennuie parfois de faire des entrevues, mais pas d’animer un talk-show. Il ne faut pas avoir d’enfants pour faire un talk-show, c’est impossible. Je n’avais pas de vie pendant tout ce temps-là. Déjà que je n’ai pas de vie en ce moment parce que je travaille fort sur La série Montréal-Québec, comme rarement j’ai travaillé dans ma vie. Après la série, je vais avoir une pause. Avec un talk-show, tu ne peux pas être malade, ça repose trop sur toi. Avec L’enfer, c’est nous autres, Sortir, Le Point J, j’ai donné toute ma jeunesse, et on dirait que je ne veux pas donner toute ma vieillesse (rires).
Peux-tu te prononcer sur La série Montréal-Québec? Le projet connaît un succès mitigé. Pour ma part, l’émission n’est pas venue me chercher.
Je suis très à l’aise d’en parler. C’est une série sur le hockey. On dirait que, parce que nous avons produit Star Académie, il faudrait tout le temps livrer les mêmes cotes d’écoute. Star Académie, c’est la cote d’écoute la plus élevée de la décennie. La deuxième émission qui a accoté Star Académie, c’est Le Banquier. Ensuite, Occupation Double, que nous avons déjà produit et que nous reproduirons la saison prochaine. C’est sûr que, si on met la La série Montréal-Québec et Star Académie sur un même pied d’égalité, Montréal-Québec va subir l’odieux de la comparaison. C’est une émission de sport, qui met en vedette des joueurs de hockey. Ce n’est pas une émission de variétés, ce n’est pas un quiz, ce n’est pas une émission où le monde est en j-string dans un jacuzzi. C’est vraiment une émission de sport. Nous avons été contre le Super Bowl, contre les Jeux olympiques. C’est sûr que le public qui regarde Montréal-Québec est le même que celui qui regarde le Super Bowl. Tout le monde en parle va être moins affecté par le Super Bowl qu’une émission de sport. Puis pour nous, le test ultime, c’était dimanche dernier. À 20 h sur RDS, en même temps que nous, La Série Montréal-Québec à TVA, il y avait un match des Canadiens. Si nous avions eu de moins bonnes cotes d’écoute que le match des Canadiens, j’aurais dit «ok». Mais RDS, qui a fait des cotes d’écoute record avec les Jeux olympiques -elles ont frôlé le million-, et avec le match des Canadiens, qui sont là depuis cent ans, a fait 394 000 ce soir-là.
Mais nous pourrions parler du fait que RDS est un réseau câblé…
Oui, et c’est sûr que nous pouvons compter sur Richard Therrien pour parler du fait que RDS est câblé, et que les comparaisons sont biaisées quand il parle de La Série (Julie Snyder fait référence à Richard Therrien, journaliste au quotidien Le Soleil, qui tient un blogue sur Cyberpresse). Malgré que RDS soit une chaîne câblée, on compare une émission de sport à une émission de sport. Même câblé, tout le monde regardaient les Jeux olympiques à RDS. Malgré le fait qu’ils aient récolté un million de cotes d’écoute durant les Jeux, ils n’y sont pas parvenus dimanche dernier. C’est donc dire que les gens qui aiment le hockey avaient le choix, dimanche dernier, de regarder Les Canadiens ou Montréal-Québec. RDS fait souvent 800 000 avec les Canadiens, très souvent, même si c’est une chaîne câblée. Alors, si on était honnête intellectuellement, on serait obligé de dire que Les Canadiens font souvent 800 000 à RDS, même si la chaîne est câblée, et que ce soir-là, les amateurs de hockey ont choisi à deux contre un, de regarder Montréal-Québec. Montréal-Québec et Tout le monde en parle, ça ne se compare pas. On ne peut pas comparer Tout le monde en parle à une émission de sport. Si je compare du sport avec du sport, on a eu du deux pour un. Je trouve que ce n’est pas pire pour des amateurs qui n’étaient pas connus versus les joueurs de la Ligne Nationale de Hockey.
Est-ce que tu t’attendais à ce qu’une clientèle comme moi, qui ne s’intéresse pas aux matchs sportifs, accroche à La série Montréal-Québec?
Je m’attendais à ce que La Série rejoigne plus de femmes qu’un match des Canadiens. Et il y a beaucoup de femmes qui découvrent le hockey ou qui découvrent les coulisses du hockey grâce à l’émission. Tu sais, contre le Super Bowl, nous avons obtenu des cotes d’écoute de 1 229 000. Ensuite contre les Jeux olympiques, contre la soirée de clôture des Jeux olympiques et contre un match des Canadiens, ce n’est quand même pas si mal d’avoir maintenu de bonnes cotes d’écoute. Je pense que la série est comme une finale de la coupe Stanley, plus nous allons approcher des derniers matchs, plus les cotes d’écoute vont augmenter. Je connais beaucoup de femmes et de jeunes femmes qui regardent La série Montréal-Québec avec passion. Moi, je n’appelle pas ça un échec. D’avoir en moyenne un million de cotes d’écoute et d’avoir des arénas pleins à craquer, si on appelle ça un échec…
Si je ne m’abuse, ça été vendu aux publicitaires pour un nombre plus élevé en terme de cotes d’écoute…
Tant que les Jeux olympiques n’étaient pas contre nous, on a livré le nombre de téléspectateurs. Maintenant que les Jeux sont terminés, je suis bien confiante que les cotes d’écoute vont augmenter.
Est-ce que tu te réembarquerais pour une autre année dans cette aventure?
C’est l’une des plus belles aventures de ma carrière. J’adore ça parce que nous sommes en pleine création. Je lisais Richard Therrien, laissant entendre qu’il espérait que les Français n’achètent pas cette série-là, alors que dans le cas d’émissions comme Paquet voleur qui ont été proposées aux Français, il disait que c’était extraordinaire. Et avec raison, plus on vend de concepts à l’étranger, mieux c’est. Je ne comprends pas qu’il se réjouisse que Paquet voleur soit vendu à l’étranger, alors que ça n’a pas été vendu, et qu’il dise à propos de Montréal-Québec que les Français devraient y penser deux fois. Nous trouvons que c’est vraiment deux poids, deux mesures avec nous.
Trouves-tu que tous les yeux sont rivés sur ton travail, et que les attentes sont élevées?
Ce n’est pas que les yeux soient rivés. Je trouve que c’est de la mauvaise foi. Je vis très bien avec la critique mais là, je trouve ça un peu biaisé. Je t’en parle avec plaisir, tu me dis que tu n’aimes pas cette émission, je respecte cela. J’ai toujours respecté Louise Cousineau même si elle me critiquait. C’est sûr que c’est plus facile à accepter quand les gens écrivent des choses positives. Mais tant que c’est fait dans le respect et que ce n’est pas fait dans la mauvaise foi, sinon je trouve ça ridicule.
Ta maison de production va produire la prochaine édition d’Occupation Double, il va y avoir des changements, allez-vous tourner à l’extérieur du pays?
Je ne sais pas encore, je sais qu’il va y avoir des changements à l’animation. Ça je te le confirme! (rires) Mon équipe et moi, nous ne sommes pas rendus là, je préfère finir Montréal-Québec, parce que cette émission, c’est le bébé de Stéphane Laporte et c’est mon bébé. Je suis vraiment occupée à ce projet. Je suis devenue une fan de hockey.






