«J’ai vécu à la fois une mort et une naissance»
Anne Casabonne
Par Michelle Lemieux / 7Jours 2008-06-20 15:20:03
© Bruno Petrozza
Alors qu’elle n’avait que 21 ans et qu’elle était en deuil de sa mère, la comédienne Anne Casabonne a donné naissance à son fils, Étienne. Elle nous raconte cette période intense de sa vie et la façon dont ces événements ont eu une influence sur la mère qu’elle est devenue.
Anne, c’est difficile d’imaginer que tu es la maman d’un grand garçon.
Oui, j’ai un garçon qui aura bientôt 17 ans. On dit souvent que les ados sont rebelles, mais le mien, ainsi que tous ceux que je rencontre, ne le sont pas tant que ça. Je ne pense pas qu’ils vivent une crise d’adolescence, mais plutôt une crise parentale. Je crois que, durant cette période particu-lière, il faut maintenir une bonne communication entre le parent et l’enfant. C’est essentiel.
Si je me souviens bien, tu as vécu
une relation passablement difficile avec ta mère lorsque tu étais
adolescente.
Effectivement. J’avais mes idées, ma mère avait les siennes, mais nous n’arrivions pas à communiquer ni à faire de compromis. Et je m’inspire de cette relation pour élever mon fils: j’essaie de ne pas le brimer dans ses désirs ni d’être brimée dans les miens. Actuellement, ça semble fonctionner.
Quel genre de mère es-tu?
Je suis une très grosse mère poule. D’ail-leurs, c’est ce qu’Étienne dit toujours à mon sujet. J’ai souvent peur pour lui, je ressens souvent des inquiétudes. Il comprend ça et il est très respectueux. Par
exemple, il m’appelle pour me dire que tout va bien, pour me rassurer. Ça le tanne, mais il le fait pour me sécuriser. Il vient d’obtenir son permis de conduire et il emprunte maintenant ma voiture. (sourire) Il est très heureux, et ça me fait plaisir de le voir comme ça.
Quel âge avais-tu quand
ton fils est né?
J’avais 21 ans. J’étais une jeune fille. Ma mère était morte peu de temps avant. Elle et moi commencions à peine à nous réconcilier. Elle est décédée au moment où j’accouchais: j’ai donc vécu à la fois une mort et une naissance. Je suis devenue un peu hypocondriaque.
Pourquoi dis-tu cela?
Parce que le médecin de ma mère s’est trompé de diagnostic: il lui a dit qu’elle souffrait du diabète alors qu’elle était atteinte d’un cancer généralisé. J’ai donc cherché la maladie chez mon fils alors qu’il était bien portant. Il est normal que les bébés perdent un peu de poids tout de suite après leur naissance. Mon médecin m’avait dit qu’Étienne avait un peu maigri, comme tous les autres bébés, alors j’ai commencé à le nourrir encore plus: il avait huit mentons et autant de joues! (rires) S’il devait boire aux quatre heures, je lui en donnais aux deux heures. J’étais un peu excessive. Mais dans le contexte, on peut comprendre.
Tu as vécu des moments intenses en côtoyant à la fois la vie et la mort.
Oui, tout à fait. Ç’a été une période intense de ma vie. Je me souviens que j’ai sacré durant l’accouchement: je voulais qu’il sorte! Je n’en pouvais plus! Quand
il est né, ç’a été comme un miracle... mais je ne veux plus jamais accoucher de ma vie.
Au deuxième, Anne, ça se passe
tellement mieux!
Je m’en fous! (rires) Tout le monde me dit ça, mais je ne veux plus rien entendre! Si j’ai envie d’en avoir un autre, je vais ramasser mon argent pour en adopter un! (rires)
Pourtant, tu as dû te remettre assez rapidement de ton accouchement, puisque tu n’avais que 21 ans.
Oui, et je me trouve chanceuse. Je connais une femme de 42 ans qui a un bébé de deux ans et je la trouve courageuse. Enfin, je ne sais pas si c’est du courage, mais bon. Dans notre société, on nous enseigne qu’il faut avoir nos bébés au bon moment, quand on a le temps. Mais c’est quoi le bon moment?
C’est le moment où le père entre dans notre vie.
Peut-être, mais il y a des femmes qui fréquentent leur chum depuis six ou sept ans, et qui attendent toujours le fameux bon moment. Il n’y a pas de bon moment pour avoir un enfant.
Avais-tu planifié l’arrivée de ton fils?
Non, Étienne est une surprise. Mais c’est une belle surprise. Plus les années passent, plus je l’apprécie.
Te sentais-tu prête à devenir mère aussi tôt dans la vie?
Il n’y a pas de bon moment pour avoir un enfant, et on n’est jamais prête à devenir mère. À l’époque, j’avais bien d’autres choses auxquelles penser. Cela dit, la naissance de mon fils m’a donné l’énergie pour aller de l’avant.
Tu avais une bonne raison de te lever le matin.
Oui, et j’avais aussi une bonne raison de me débrouiller dans la vie. Ma mère venait de mourir, et mon père était mort quelques années auparavant. Je n’avais donc plus de pilier sur lequel m’appuyer. Il fallait que j’avance, tout simplement. Lorsque mon fils est né, j’étudiais le théâtre à l’université. Six mois après sa naissance, je terminais mes études.
Tu as réussi à tout concilier aussi facilement?
Oui. Le père d’Étienne était formidable. C’est lui, d’ailleurs, qui a initié notre fils à plusieurs activités. Par exemple, Étienne est très bon en mécanique grâce à son père.
Ton fils te trouve-t-il cool?
Peut-être que ses amis pourraient le dire, mais pas mon fils, parce que je suis une mère poule, une mère inquiète. De plus, Étienne ne communique pas beaucoup ses émotions. Il a une blonde depuis un an et demi, et je sais que ça va très bien. J’aime les entendre rire et j’aime constater qu’ils ont du plaisir à être ensemble. Mais il ne me parle pas nécessairement de ses sentiments profonds.
Tu pratiques des activités avec lui?
Actuellement, nous ne faisons pas grand-chose ensemble. Le temps me manque. Étienne a aussi sa vie, alors il fait des choses de son côté. Par contre, il m’arrive de lui demander de m’aider à apprendre mes textes. Pour la pièce que je répète, il a incarné tous les personnages. Il a même accepté que je lui mette des rouleaux sur la tête, comme dans la pièce! (rires)
Est-il attiré par ton métier?
Non, je ne crois pas que ça soit quelque chose qui l’attire, mais je sais qu’il aime mon métier. Ces temps-ci, il parle d’initier sa blonde au théâtre. Il aime beaucoup le cinéma. En fait, il aime l’autre côté du métier. Il fait de la photo et il prend de très très beaux clichés. Il y a quelque chose de magique dans ses photos, il a un bon œil. Il aimerait donc être derrière la caméra. C’est aussi un manuel et un très grand sportif. Il tient ça de moi. Lorsque j’étais jeune, je voulais toujours être la meilleure dans les sports!
Quand tu étais petite, tu jouais du
violon. As-tu souhaité initier ton fils à la musique?
Oui, mais aussitôt que j’ai senti qu’il n’aimait pas ça, j’ai cessé de l’encourager. Ma mère avait insisté pour que je joue du violon malgré le fait que je n’en avais pas envie, alors je n’ai pas voulu faire la même chose avec mon fils. J’étais quand même proche de mon adolescence lorsque j’ai eu Étienne, alors je n’avais pas oublié ce que j’avais vécu…
Est-ce que ton fils vit avec toi une
semaine sur deux?
Non, il est toujours à la maison avec
moi.





