Témoignage
Le combat de Julie Snyder
Par Michèle Lemieux / 7Jours 2008-06-27 15:08:43
© Julien Faugère
Pour un couple sur huit, les tentatives d’avoir un enfant naturellement demeurent vaines. Mais, heureusement, des solutions permettent à plusieurs d’entre eux, qui souffrent d’infertilité, de devenir parents. Parmi elles, la fécondation in vitro (FIV). Julie Snyder, animatrice, productrice et conjointe de Pierre Karl Péladeau, a eu recours à ce traitement, et elle témoigne ici de son expérience afin de donner espoir à tous ceux et celles qui sont aux prises avec cette maladie et qui désespèrent de devenir parents.
Julie, l’accessibilité à la
fécondation in vitro est une cause qui vous tient à cœur...
Oui car, quand on est infertile et que toutes les tentatives de conception se soldent par un échec, celui-ci représente un deuil important. Le fait d’en parler,
ça fait du bien, à soi-même d’abord, et j’espère aussi que ça en fait aux autres.
Vous êtes enceinte une deuxième fois grâce à la FIV.
Oui mais, cette fois-ci, malgré tous
les traitements que j’ai subis, malgré tous les médicaments que j’ai pris,
je n’avais qu’un ovule mature et
un ovule immature. On a amené
l’ovule immature à maturation. Mais finalement c’est l’autre, celui qui était déjà mature qui a donné un embryon.
À ce stade-ci de votre grossesse, vous sentez-vous plus sereine, plus en confiance?
Une grossesse, c’est toujours fragile.
Je ressens toujours une certaine hésitation à en parler tant que je n’ai pas accouché. Que l’on ait eu recours à
la fécondation in vitro ou non, il y a toujours des risques de fausse couche ou de complications. On se sent tellement seule quand on traverse ce genre d’épreuve, c’est tellement difficile à vivre! C’est sûr que j’ai toujours peur
que quelque chose m’arrive, parce que
je sais que je ne serai pas nécessairement capable de retomber enceinte. C’est ce qui me rend craintive.
Le fait d’avoir 40 ans ajoute-t-il de la pression?
Oui, c’est un fait. J’ai essayé d’avoir un enfant dès l’âge de 34 ans. Certaines femmes mettent des années à tomber enceinte. Je me sens reconnaissante envers la vie, tout comme Pierre Karl, qui m’a beaucoup encouragée à parler de mes difficultés. Il trouve très triste que beaucoup de couples n’aient pas
la chance que nous avons eue. Ça le touche énormément. Il sait que ce n’est pas toujours facile, la fécondation in vitro, mais, en même temps, il trouve
ça merveilleux, car c’est la vie. Nous aimerions tous les deux que le plus grand nombre de couples possible puisse avoir la même chance que nous. C’est pour cette raison qu’il a accepté d’être le président d’honneur du gala de la Fondation des Petits miracles, qui se tiendra le 2 octobre prochain au profit du Centre de reproduction McGill de l’hôpital Royal-Victoria. Les fonds recueillis serviront à soutenir les femmes qui n’ont pas d’argent et celles qui ont
le cancer. C’est facile de congeler du sperme mais, congeler des ovules, quand on a le cancer, ça coûte plus cher. Je tiens à dire que Pierre Karl a accepté d’être le président d’honneur du gala avant même que je tombe enceinte.
Thomas est-il conscient qu’un bébé naîtra sous peu?
Oui. Il donne des bisous à mon ventre… Et quand Pierre Karl lui demande: «Où est ta petite sœur?», Thomas répond: «Dans le ventre de maman!» (sourire) Nous avons eu la confirmation du sexe du bébé: c’est une fille.
La famille sera-t-elle complète dès l’arrivée de la petite sœur?
Non. Si tout va bien, je retourne chez Procréa chercher mes deux embryons congelés ou au Centre de reproduction McGill pour une autre FIV. Sans blague!
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Invitée à témoigner
Julie Snyder a été invitée récemment à témoigner de son expérience à titre de patiente du Centre de reproduction
McGill, aux côtés des Drs Seang Lin Tan et Michael Dahan, qui œuvrent au sein de
cet établissement. Pierre Karl Péladeau
et elle ont accepté d’être les présidents d’honneur du Gala des Petits miracles.
Elle relate ici plusieurs des étapes qu’elle
a franchies au cours des six dernières années pour pouvoir tomber enceinte.
« J’avais 34 ans quand je suis allée à la clinique de fertilité pour la première fois. Ça faisait presque un an que nous essayions d’avoir un enfant, mon conjoint et moi. J’ai pris des hormones, essayé l’insémination... Puis, nous nous sommes rendu compte qu’il nous fallait tenter la fécondation in vitro…»
Une belle anecdote
À ce sujet, Julie a une anecdote savoureuse à raconter: «Un jour, j’étais à un dîner d’État avec Pierre Karl, à une table voisine de celle du premier ministre français et du premier ministre canadien.
À 18 heures, il fallait que je subisse une injection d’hormones. Comme j’avais très peur de me la faire moi-même, c’est mon conjoint qui me la donnait. Il nous a donc fallu nous lever tous deux de table. Il y a eu un silence terrible. Puis, nous nous sommes dirigés ensemble vers les toilettes… des femmes. Seringue à la main, Pierre Karl essayait de procéder à l’injection le plus rapidement possible pour que nous retournions vite à table!
Nous étions gênés de dire que nous suivions des traitements de fertilité. Finalement, c’est après cette expérience que nous nous sommes dit que c’était ridicule de ne pas en parler et que nous allions dorénavant nous ouvrir à ce sujet.»
Difficiles étapes
Après un premier cycle de fécondation
in vitro, les médecins ont transféré seulement deux embryons à Julie, même si elle avait alors 35 ans, et en ont congelé deux. «Les gynécologues des cliniques
du Québec ne font pas n’importe quoi.
Ils sont responsables. Ils font attention
aux risques de grossesse multiple»,
confie Julie.
Puis, elle a passé un test de grossesse, qui s’est avéré négatif. «Dans une situation semblable, notre vie s’effondre. On fait face à un échec et à un deuil terribles. On se sent incapable de donner la vie. J’ai la chance d’avoir un conjoint qui n’est pas trop émotif et qui m’a plutôt encouragée à prendre des vacances et à recommencer deux mois plus tard. “Nous avons perdu une bataille, nous n’avons pas perdu la guerre…” me disait-il. En voyant sa réaction, j’ai cessé de pleurer et j’ai décidé de recommencer. C’est ce que nous avons fait, et je suis tombée enceinte. Malheureusement,
j’ai fait une fausse couche. Un autre cauchemar... J’ai fait une pause, j’ai pris des hormones, j’ai cessé d’en prendre
et je suis tombée enceinte de mon fils naturellement. Il s’appelle Thomas, parce que nous n’avons cru à ce qui nous arrivait que lorsque nous avons vu notre bébé…»
Quand elle a voulu un autre enfant, Julie
a repris des hormones, elle est allée dans une clinique de fertilité à l’étranger avec son conjoint, mais ça n’a pas fonctionné. «Pierre Karl m’a suggéré d’aller à McGill, dit Julie. J’y ai senti un humanisme exceptionnel. Je percevais chez le personnel
de McGill une véritable vocation. À mon premier essai, ça n’a pas fonctionné; à la deuxième tentative, je n’avais qu’un ovule, qu’un embryon, et ça a marché.»





