Vedettes

« Ma passion pour les trains »

Dino Tavarone

par Michèle Lemieux 2008-09-30 14:17:21
© Yvon Latraille © Yvon Latraille

Européen de naissance, Dino Tavarone a voyagé en train toute sa petite enfance. Malgré le passage des ans, sa passion pour ce moyen de transport lui est restée. Encore aujourd’hui, s’il doit voyager, c’est le train qu’il privilégie.


Monsieur Tavarone, vous avez accepté d’être porte-parole d’Exporail, le musée ferroviaire canadien.
Oui, ça m’a enthousiasmé dès qu’on m’en a parlé. Le train, pour moi, c’est une passion. J’ai connu ce moyen de transport avant l’avion, avant le bateau, avant tout autre moyen de locomotion.

Il faut dire que vous êtes Italien de naissance et qu’en Europe ce moyen de transport demeure toujours aussi populaire.
Oui, c’est vrai. J’avais 16 ans lorsque j’ai quitté l’Italie. Toute mon enfance, je l’ai vécue là-bas. C’est là que je suis allé à l’école, c’est là que j’ai reçu mon éducation. Lorsque j’étais enfant, dans mon village, il n’y avait que le train. J’ai commencé à voyager avec mon papa alors que j’avais six ou sept ans. Mais, même avant, le train me passionnait, car c’était une grosse «chose» qui arrivait dans le village. Il arrivait d’où? On ne le savait pas. Il s’en allait où? On ne le savait pas non plus. Le train disparaissait; on n’entendait même plus le bruit qu’il faisait. Je me souviens d’avoir questionné mon père à ce sujet. Il m’avait répondu: «Il n’est pas disparu, il est entré dans le monde...»

Même si c’était terriblement poétique, il faut admettre que c’était assez abstrait, comme réponse...
Oui, mais ça alimentait mon imagination... (sourire) Il y a une autre chose qui m’a toujours passionné, et c’est les camions. Je voyais des gens arriver en camion dans mon village, descendre et prendre un café. Tout le monde les connaissait, car ils s’arrêtaient souvent. Puis, ils repartaient. Je me demandais: «Où vont-ils? D’où viennent-ils? Où habitent-ils?» Ça me passionnait.

Finalement, c’est l’aventure qui vous attirait.
Oui, les moyens de transport représentaient l’aventure, sauf l’avion. L’avion, pour moi, c’est une chose terrible. Tu t’assois dans un avion pendant cinq ou six heures, à côté d’un gars qui est «pris» dans son journal ou même qui dort. Le train est plus social, plus humain. Les gens s’y parlent.

Est-ce que vous avez beaucoup voyagé en train?
Oui. Encore récemment, lorsque je suis allé en Italie, j’ai pris un train magnifique avec des draperies. Comme toutes les fenêtres étaient ouvertes, celles-ci battaient au vent...

Ici, en Amérique, est-ce un moyen de transport que vous privilégiez?
Oui, que j’aille à New York ou à Toronto, c’est le moyen de transport que j’utilise. Je m’installe et je lis. Même si ça n’est pas comme en Europe, j’aime bien ça. Vous savez, j’ai même pris le train pour arriver ici. J’ai fait deux jours et deux nuits en train, de Halifax à Montréal. Je suis arrivé au pays par bateau, en mai 1959. Récemment, je suis retourné à Halifax et j’ai voulu refaire le même voyage qu’à mon arrivée d’Italie. Je suis retourné au Pier 21, qui servait à accueillir les immigrants et où j’étais moi-même arrivé. L’endroit a été transformé en musée depuis. Je me suis rappelé le trajet que j’avais fait pour me rendre à la gare, j’ai visualisé l’endroit où j’avais acheté du pain...

Vous avez refait le même voyage que vous aviez fait à 16 ans…
Oui, mais j’avais mis 37 heures à l’époque, pas 19! Ça m’a un peu déçu d’apprendre que le voyage ne prenait plus que 19 heures... En cours de route, une tempête de neige nous avait bloqués. Nous avions passé presque toute une nuit arrêtés au milieu de nulle part. Des employés du train avaient dû aller chercher de la nourriture dans un village tout près, parce que nous n’avions plus rien pour nous nourrir sur le train. Nous étions en pleine campagne! En pleine nuit, ces employés ont fait ouvrir un magasin pour nous approvisionner. Finalement, mon voyage avait duré exactement 37 heures! C’était comme un miracle! (rires)

Monsieur Tavarone, vous êtes né pendant la guerre.
Oui, alors que la guerre se terminait. J’étais petit, et on bombardait encore. Dans mon village, le fleuve étai pres­que sec, et son lit, très large, était rempli de pierres blanches. Lorsque les avions survolaient l’endroit, les pilotes voyaient du blanc et bombardaient, car ils croyaient que c’était un pont ou une route.

Heureusement, vous n’avez pas conservé de souvenirs de ces moments.
Non, mais j’ai des souvenirs des soldats, des chars blindés qui étaient restés sur place jusqu’aux alentours de 1955. Nous, les enfants, nous jouions dans ces chars. Comme ils étaient en métal, on les a cassés par la suite pour récupérer ce matériau. Pour moi, comme pour tous les enfants de mon village, c’était comme si on avait cassé nos jouets... Malheureusement, il y avait aussi des bombes et des mines qui avaient été jetées ici et là et qui n’avaient jamais explosé. Je me rappelle qu’on avait fabriqué des affiches qui expliquaient aux gens à quoi ressemblaient les bombes. On leur demandait de ne pas toucher ces objets, car ils étaient dangereux. Souvent, des campa-gnards étaient tués en labourant leur champ. Des gens ont trouvé des bombes sans même savoir ce que c’était...

 
 
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