Vedettes

Vient en aide aux jeunes

Macha Limonchik

Par Marika Gauthier / 7Jours 2008-09-30 14:02:09
© Frédéric Auclair © Frédéric Auclair

Macha Limonchik, qui a plusieurs amis gais, a été plus d’une fois témoin des difficultés qu’éprouvent parfois les personnes homosexuelles à se faire accepter par leur entourage. Ne pouvant pas rester indifférente devant les effets dévastateurs que cette situation peut entraîner, elle a décidé de s’impliquer dans la lutte contre l’homophobie dans les écoles.


Macha, le Groupe de recherche et d’intervention sociale gaies et lesbiennes (GRIS) vous a demandé d’être porte-parole de la lutte contre l’homophobie en milieu scolaire. Pourquoi avez-vous accepté de soutenir cette cause?
J’habite avec un adolescent, le fils de mon chum, Stéphane Bourguignon. Un jour, il m’a raconté que les élèves de son école appellent les étudiants en musique des «fifs». Je lui ai demandé pourquoi; il m’a expliqué qu’entre eux ce mot ne signifie pas «homosexuel», mais plutôt «loser», «poche» ou «nul». J’étais troublée d’entendre ce qu’il me disait. Une semaine plus tard, j’ai reçu l’appel du GRIS, qui m’a proposé d’être porte-parole. À la lumière de ce que j’avais entendu, j’ai accepté.

Ces propos vous avaient marquée...
J’ai compris que les adolescents ne réalisent pas toujours que les mots ont un poids et une incidence sur la vie des autres. Pour eux, c’est drôle. Or, pour celui qui est homosexuel, c’est dévastateur d’entendre le mot «fif» associé à «loser» et à «faible». On ne traite pas un noir de nègre, parce qu’on sait que c’est blessant. C’est un peu la même chose avec «fif». Malheureusement, tous les jeunes n’ont pas des parents ouverts ou qui connaissent des homosexuels. C’est pourquoi le GRIS fait de la sensibilisation dans les écoles.

Y a-t-il d’autres raisons qui vous poussent à appuyer cette cause?
J’ai plusieurs amis gais. Donc, je sais qu’il n’est pas toujours facile de faire son coming out. En 2008, il est encore difficile pour les homosexuels de se faire accepter comme ils sont, que ce soit par leur famille ou par leurs amis.

Quand ils s’affichent ouvertement...
Je sais qu’un coming out est un moment déterminant dans une vie. De plus, si l’on veut s’épanouir entièrement, il est important que ce soit fait le plus tôt possible. Je considère comme inconcevable qu’au XXIe siècle un jeune homosexuel se suicide, soit parce qu’il a honte, soit parce qu’il a peur ou qu’il se sent humilié.

Votre ami Éric Bernier est homosexuel. Vous a-t-il sensibilisé à la cause des gais et des lesbiennes?
Non. Ce n’est pas un sujet de conversation entre nous. Mes amis sont bien dans leur peau et se réalisent pleinement. Par ailleurs, je sais qu’ils ont vécu des moments plus difficiles, soit à l’école soit dans leur famille. Ce sont des choses que je n’ai pas eu à vivre. C’est injuste et triste.

Quelles sont les interventions du GRIS dans les écoles secondaires?
Un gai et une lesbienne se présentent dans une classe. Ils racontent leur parcours et parlent de leur vie. Ensuite, les élèves peuvent poser des questions. J’ai assisté à une intervention. C’est émouvant, car les jeunes sont très ouverts.

De quelle façon?
Les adolescents sont très curieux et ils ont envie d’entendre parler ouvertement de sexualité, peu importe qu’il s’agisse d’homosexualité ou d’hétérosexualité. Il arrive qu’un élève rencontre pour la première fois un gai en chair et en os. Cet entretien démystifie l’homosexualité.

Avez-vous été touchée par une histoire en particulier?
La lutte contre l’homophobie concerne aussi ceux qui sont différents, mais pas nécessairement homosexuels. Un jeune adolescent qui n’était pas gai s’est suicidé parce qu’on le traitait de «fif» de manière violente et répétitive. Il est important que nous fassions cesser le harcèlement. D’ailleurs, j’invite les parents ou les professeurs témoins de ce genre de comportements à appeler le GRIS. Les bénévoles se feront un plaisir d’envoyer quelqu’un dans leur école pour qu’il discute avec les élèves.

Avez-vous l’impression que la situation a beaucoup changé depuis votre adolescence?
À mon époque, nous ne pensions pas à cela. Pour nous, ça n’existait pas! Je sais maintenant qu’il y avait certainement des homosexuels dans ma classe. Or, je ne percevais pas cette réalité à l’adolescence. Je l’ai réalisé au cégep, parce que j’y avais des amis gais.

L’ouverture d’esprit et la tolérance sont-elles des valeurs qui vous ont été transmises par votre famille?
Oui. Je crois que ces valeurs m’ont été léguées par le moyen d’exemples. La morale, ça ne fonctionne pas très bien! J’avais des parents ouverts. Ils ne jugeaient jamais, et ce, même quand ils ne comprenaient pas.

Pourriez-vous me donner un exemple de leur ouverture d’esprit?
Mes parents avaient un ami journa-liste qui s’habillait en femme la fin de semaine. Il n’était pas homosexuel, mais transgenre. Il venait à la maison enfiler ses vêtements de femme parce qu’il ne pouvait pas le faire chez lui. Il arrivait chez nous en homme. Puis, il en sortait en femme.

Pourquoi le faisait-il chez vous?
Il n’avait pas d’autre endroit, j’imagine. Je sais que mon père et lui parlaient de politique. Toutefois, je n’ai aucun souvenir de cet homme parce que j’étais toute petite. Cela s’est produit il y a presque 40 ans. En y pensant, je trouve que mes parents étaient très cool. (rires)

Vous venez d’adopter une petite Chinoise. Comment allez-vous lui transmettre ces valeurs?
Je crois qu’elle n’aura pas le choix quand elle connaîtra les gens que je côtoie. Il y en a qui sont farfelus et différents. Normalement, ça devrait se faire naturellement. À moins qu’elle réagisse autrement et qu’elle devienne très conservatrice. D’ailleurs, il y a 20 % de chances qu’elle soit homosexuelle. Donc, si c’est le cas, j’aimerais que ça se passe bien pour elle à l’école.

Dans un épisode de Tout sur moi, vous êtes la reine du Village gai. Est-ce proche de la réalité?
Il faudrait demander à mon chum, l’auteur Stéphane Bourguignon. Il le pense. Effectivement, j’ai beaucoup d’admirateurs qui font partie du milieu gai. Ils m’écrivent des lettres. Ça me fait toujours plaisir, car ils sont charmants et gentils. Par ailleurs, je ne saurais expliquer le phénomène. C’est un mystère pour moi.

Êtes-vous très sollicitée quand vous sortez dans le quartier gai?
Oui. Certains amis me disent qu’ils aiment toujours sortir avec moi à cet endroit, car nous nous faisons offrir des verres. Je ne sais pas pourquoi, mais c’est comme cela depuis le début de ma carrière. C’est agréable!

 
 
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