Tête à tête avec Sophie
Joannie Rochette en route vers les Jeux olympiques
Sophie Montminy / 7Jours 2010-01-22 10:00:28
Joannie Rochette © Gracieuseté
Grâce, paillettes et beau sourire, le patinage artistique est souvent vu comme un sport du paraître et de l'élégance. Le triple boucle piqué n'a rien à voir avec l'intensité d'une descente en skis à toute vitesse, et pourtant...
Deux minutes avant mon entrevue avec Joannie Rochette, un petit stress s'installe. Cette jeune fille de 24 ans va se diriger dans quelques semaines à Vancouver pour compétitionner devant le monde entier. Depuis l'âge de 5 ans, elle s'entraîne pour atteindre ce rêve olympique qui est accessible pour une minorité d'athlètes. Le couloir devient encore plus petit, lorsqu'on parle d'espoir de médaille. Bref, Joannie Rochette fait partie de l'élite.
Au bout du fil, c'est une Joannie Rochette détendue qui m'appelle. «Je prends deux jours off et ensuite je m'entraîne pour la course folle jusqu'aux Jeux.» Après quelques secondes de conversation, il faut casser les préjugés. Est-ce difficile de se rendre aux Jeux olympiques en patinage artistique ?
«C'est plus difficile que n'importe quelle autre discipline», affirme Joannie qui a terminé en 5e position aux Jeux de Turin. «Le patinage artistique est une discipline qui doit s'apprendre très jeune, pour être en mesure de se rendre aux Jeux. Ça prend au moins 15 ans de travail pour se rendre là, puisque c'est un sport de mémoire musculaire. Je dois répéter le mouvement des milliers de fois, pour que mon corps comprenne. Par exemple, j'ai eu des problèmes avec mon triple loots, parce que j'avais une erreur technique et j'ai dû reprendre du début, pendant 2 ans. Ce n'est pas la même chose qu'un sport d'endurance qui peut demander 4 ans d'entraînement avant de se rendre aux Jeux.»
Pour les Jeux de Vancouver, Joannie Rochette est l'un de nos espoirs olympiques. D'ailleurs, les Québécois l'arrêtent souvent dans la rue, pour lui rappeler. «On me dit souvent d'aller chercher l'or. Ça ajoute de la pression dans un certain sens, mais je patine mieux sous pression. Les gens sont derrière nous et je le prenais vraiment personnel quand je suis allée à Turin. Les gens ne savent pas que ça fait 20 ans que je travaille pour ça et que c'est mon rêve. Par contre, cette année, je me sens prête et je vais m'amuser là-bas. Je contrôle mes émotions. Je veux être sur le podium, la compétition va être difficile, mais je sais que j'ai une chance de médaille.»
Les sacrifices d'une championne
Pour faire partie de cette précieuse élite, des sacrifices sont de mises. Fini l'école, les amis, les amours? La belle blonde a-t-elle le temps de s'amuser un peu entre deux compétitions?
«Disons que durant l'année qui précède les olympiques, je ne vais pas à l'école. Depuis cet été, je suis allée 5 fois en Asie. J'ai un horaire un peu trop chargé à mon goût. Il me reste un cours pour finir mon cégep et j'ai 24 ans. Je vais finir mon cours l'année prochaine, mais je vais focusser sur ma carrière de patineuse. Je suis encore jeune, l'université peut attendre», explique la patineuse qui vient tout juste de gagner son 6e titre de championne nationale consécutif.
Joannie Rochette © Gracieuseté
En plus de faire des dizaines de compétitions par année, Joannie n'accroche pas ses patins, lorsqu'elle rentre à la maison. «Lorsque je suis au Québec, j'embarque dans mon horaire d'entraînement. Je ne suis pas une matinale, donc j'embarque sur la glace vers midi, je suis à l'aréna jusqu'à 17 heures et le soir je suis au gym. Il n'y a pas de place pour l'école à temps plein.»
Et les amis dans tout ça? «L'important pour moi, c'est de garder un contact avec les gens les plus importants. Ceux qui sont dans ma vie, me connaissent depuis que je suis petite et savent que je ne suis pas disponible. Je les vois une fois par année et c'est eux qui vont m'encourager dans les gradins à Vancouver.»
Avec cet horaire si chargé, il est difficile de savoir si Joannie a le temps de penser aux amours. «J'ai eu un copain pendant 3 ans. C'était un athlète également. C'est important d'avoir une vie équilibrée et de décrocher de la compétition.»
Avant de terminer mon entrevue, je ne peux m'empêcher de demander à Joannie à qui va-t-elle penser en premier, lorsqu'elle va monter sur le podium. «À ma mère qui a toujours été là.»
Et si vous vous demandez ce que Joannie Rochette écoute dans son iPod avant d'entrer sur la glace, elle écoute la musique des champions: What a Feeling de Flashdance et Eye of the Tiger de Rocky.
Est-ce facile le patinage artistique? Comme le dit si bien Joannie, «je n’étais pas la plus talentueuse quand j'étais jeune, je ne pensais pas me rendre aux Jeux et j'ai dû travailler plus fort que les autres. Maintenant, je suis une athlète complète et je me bats depuis 20 ans pour toucher à mon rêve.»
Bonne chance Joannie!





