Ron Galella
Le père des paparazzi nous ouvre ses portes
Marie-Joëlle Parent / Agence QMI / 2010-03-02 17:45:00
Ron Galella © Marie-Joëlle Parent / Agence QMI
Ron Galella fut le premier paparazzi, ou «bandit des images», aux États-Unis. C’est lui qui a lancé la chasse au cliché inédit. Il m’a ouvert les portes de sa maison du New Jersey, où sont entreposées trois millions de photos de vedettes. Lennon, Elvis, Taylor, Kennedy, Warhol, Newman, Jagger... ils y sont tous. Un vrai musée de célébrités.
Jackie Onassis l’a poursuivi devant les tribunaux à deux reprises. Marlon Brando lui a démoli la mâchoire. Les gardes du corps de Richard Burton l’ont tabassé. Ceux d’Elvis ont crevé ses pneus et il a été banni par deux fois de la fameuse discothèque Studio 54 à New York. Pas étonnant que Newsweek l’ait surnommé le «paparazzi extraordinaire», et Vanity Fair le «parrain de la culture paparazzi américaine».
Le secret d’une bonne photo
Ron Galella été le premier à photographier les stars loin des tapis rouge. Il les attendait plutôt à la sortie des boîtes de nuit, éméchées. «Je recherchais ce qui était exclusif et spontané, ce que je pouvais prendre au dépourvu», explique Ron Galella.
«Pour avoir une bonne photo, il faut montrer des gens célèbres faisant quelque chose de déshonorant», a déjà dit Andy Warhol. D’ailleurs, Ron Galella le connaissait très bien. «Nous avions beaucoup en commun, nous ne voulions rien manquer et nous sortions tous les soirs. Il a dit dans son livre que j’étais son photographe préféré. Je pense qu’il voulait être comme moi, mais il était trop timide. Il était un initié alors que moi, j’ai toujours été un intrus», raconte le photographe, pendant que Betty, sa femme, écoute la télé dans la cuisine. Ils forment un duo depuis 30 ans. C’est elle qui négocie la vente des photos.
La place de choix au-dessus du foyer a été réservée à sa photo la plus connue, «Je l’appelle Windblown Jackie, c’est mon sourire de Mona Lisa à moi», m’explique Galella. On y voit Jackie Onassis les cheveux dans le vent qui traverse Madison Avenue avec un sourire énigmatique. On a déjà dit qu’il avait amassé un million de dollars avec cette seule photo. «Non, je ne pense pas avoir fait autant d’argent que ça», corrige-t-il.
Le cliché a été pris d’un taxi. «C’est probablement pour ça qu’elle a souri, elle ne savait pas que c’était moi!, raconte Ron qui a entretenu une relation plutôt houleuse avec Jackie, sa muse. «C’est une histoire compliquée. Elle était mon sujet préféré. Elle a fait de moi le paparazzi que je suis parce qu’elle ne posait pas.»
Il croit malgré tout qu’elle aimait bien se faire photographier. «Elle était très hypocrite, car elle semblait adorer se faire prendre en chasse. Elle a conservé un album de photos d’elle.» N’empêche, Jackie l’a traîné en cour à deux reprises. En 1972, le procès a duré 26 jours. Il n’a pas eu le droit de s’approcher à plus de 25 pieds des Kennedy. «Elle a menti au procès pour remporter sa cause», dit-il à propos de Jackie. Et encore aujourd’hui, il n’a pas le droit de photographier Caroline Kennedy.
Beaucoup d’ennuis avec les stars
Il a tout fait pour capter l’image de Jackie. Il s’est caché derrière les porte-manteaux dans les restaurants et même dans les buissons de Central Park pour la surprendre en vélo avec ses enfants. «Détruis sa caméra», aurait alors ordonné Jackie à son garde du corps. C’est d’ailleurs le titre du nouveau documentaire sur Ron Galella qui vient d’être présenté à Sundance.
Jackie n’est pas la seule star avec qui il a eu des problèmes. «Frank Sinatra avait l’habitude de m’appeler ‘‘le rital’’», et Marlon Brando et lui étaient comme chien et chat. Un soir de juin 1973 dans Chinatown, Brando, agacé d’être suivi, lui a asséné un coup de poing. «Il m’a fait signe de venir vers lui et m’a demandé ‘‘Qu’est-ce que tu veux encore?’’ Je lui ai dit une photo sans lunettes et c’est là que le coup est venu. J’ai perdu cinq dents!», raconte Ron Galella en riant. L’histoire s’est réglée hors cour et le photographe a empoché 40 000$. «Mes microbes de paparazzi lui ont infecté les mains. Il a dû aller à l’hôpital!».
Un an plus tard, quand Galella a revu Brando lors d’un événement, il s’est présenté avec un casque de football. La photo a fait le tour du monde. C’est par la suite devenu un gag récurrent chez les stars de prétendre le frapper.
XXX
Galella a pris ses premiers clichés comme photographe dans l’armée de l’air américaine durant la guerre de Corée. Il a ensuite étudié le photojournalisme à Los Angeles avant de déménager à New York en 1958 avec sa Roloflex. «Il a fallu que je fasse le métier de paparazzi pour échapper à la pauvreté», dit-il.
Aujourd’hui, à Hollywood, n’importe qui armé d’une caméra peut s’improviser paparazzi. La mort de Diana, il y a 13 ans, n’a pas non plus aidé leur réputation. «C’était plus facile dans mon temps. J’avais une plus grande liberté de mouvement. Avant, il y avait moins de photographes, de journalistes et de gardes du corps. Aujourd’hui, c’est carrément de l’agression. C’est à la fois triste et dangereux.»
À 79 ans, celui qui a déjà passé un week-end dans une manufacture infestée de rats pour prendre un cliché de Liz Taylor et Richard Burton sur leur yatch n’a plus la même fougue. Ses vieux genoux l’empêchent de courir les tapis rouges, mais il a toujours sa caméra autour du cou.
Au sous-sol de sa maison, quatre employés prennent soin de ses archives. Des centaines de boîtes portant des noms de stars sont empilées jusqu’au plafond. Il dit avoir accumulé plus de trois millions de photos. Newman, Sinatra, Travolta, Minelli, occupent à eux seuls toute une pièce.
Le soir, il prend encore plaisir à développer des clichés dans sa chambre noire et se concentre maintenant sur la publication de livres. Il contemple ses archives et se remémore les bons moments de sa carrière. «C’étaient des années bénies. Mes meilleures photos sont déjà archivées. Ce n’est plus aussi excitant», dit-il, nostalgique. Pour Galella, la chasse est terminée.
Ron Galella a publié huit livres, notamment Man in the Mirror sur Michael Jackson, No Pictures, Warhol by Galella: That’s Great! et Disco Years.
Pour voir la vidéo de la visite dans les archives de Ron Galella: canoe.ca/mjparent.





